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    L'amour n'est pas libre

     
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    Auteur Message
    Boileau419
    Chevalier

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    Inscrit le: 03 Nov 2008
    Messages: 161
    Localisation: Pékin

    MessagePosté le: 18/03/2014 04:52:37    Sujet du message: L'amour n'est pas libre Répondre en citant

    J’ai écouté en différé la récente émission de monsieur Trémolet de Villers consacrée à la famille. Celle-ci m’a grandement édifié et je suis très reconnaissant à ce patron d'émission de l’avoir organisée. Néanmoins, j’ai un désaccord fondamental avec lui concernant la liberté de choix et son rôle prétendument essentiel dans le mariage. Je pense que sur ce point Pierre de Meuse avait entièrement raison et qu’il eût été bon de lui laisser davantage la parole. Ma pensée sur la liberté individuelle dans le mariage n’est en fait que le prolongement de ce que ce juriste et historien distingué a affirmé sur la royauté comme devoir.

    La question ici est de savoir si le mariage est fondé sur la nature humaine ou sur l’ego et son bon plaisir. S’il est fondé sur la nature humaine, son socle est solide, inébranlable, car l’Ecriture affirme que l’homme et la femme sont faits pour l'unité*, de la même manière que l'un et l'autre sont faits pour communier avec l'Un. Bonne nouvelle : la providence divine nous précède ! Il n'est pas question ici de choix personnel ou de "créativité" : l'unité spirituelle dans la différence psycho-somatique est un fait anthropologique indestructible qui découle de l’acte créateur de la sagesse divine.

    Il est à noter, et c'est là un point fondamental à mon avis, que la sagesse divine doit être secondée par la sagesse de la culture. En effet, les puissances de la nature humaine créée par Dieu ne sont pas directement accessibles à l'individu. De même que le Ciel ne s'ouvre à l'homme que par la médiation des anges, l'accès à sa propre nature passe par une médiation culturelle qui prend la forme des personae ou rôles. Ces rôles archétypaux permettent à l'homme et à la femme de se développer en tant qu'acteurs sociaux et familiaux à travers un lent apprentissage. Ces rôles jouent vis-à-vis de notre identité sexuelle et sociale le rôle que l'acquisition du langage joue vis-à-vis de notre intelligence.

    Dans la mesure où les conjoints, dans la maîtrise croissante de leurs rôles et archétypes respectifs, re-connaissent, comprennent qu’ils ne forment qu’"une seule chair" (un seul "être" en termes modernes), que l’autre est « os de mes os et chair de ma chair », ils se déprennent de leur ego et entrent dans l’amour essentiel (au sens philosophique du terme) qui porte le nom d’agapê dans la tradition chrétienne. Cet amour est de Dieu, est Dieu lui-même. Il a pour modèle la relation du Christ avec l'Eglise, dans laquelle celui-ci est la "tête du corps". Cette relation n'est ni égalitaire, ni complémentaire, mais sacrificielle : la femme se soumet à l'homme comme au Seigneur, et celui-ci lui donne sa vie.

    L'égalité et la complémentarité signifieraient, en termes d'arithmétique, que 1+1 égale 2. Mais ce n'est pas du tout de cela qu'il est question dans le mariage chrétien. Le mariage chrétien, qui est un très grand mystère selon saint Paul, n'est pas qu'une vulgaire division du travail : c'est une réalité mystique. Il faut donc compter ainsi : Un=1X1.

    Pour revenir à la question de la liberté, demandons : Dieu est-il libre de ne pas aimer ? Non, car sa nature est amour. Dieu a une essence (tant pis pour Thomas d'Aquin**!) qui est l'amour. Il en va de même pour l’homme, dans sa vraie nature. C’est pourquoi l’amour fait l’objet d’un commandement. Dieu nous commande d’aimer. Cela est indéniable et évidemment incompatible avec l’idée d’une quelconque liberté de choix. Si l’amour romantique, qui repose sur un choix personnel, ne se commande pas, en revanche, on peut et on doit commander l’agapê, comme on doit commander à un enfant de se tenir debout et d'apprendre le langage.

    L’agapê est le telos de notre nature humaine, sa finalité et son accomplissement. Dire « il faut aimer librement pour se marier » revient à dire qu’il faudrait déjà avoir son diplôme de docteur ès philosophie en poche pour commencer ses études dans cette matière. L’amour s’apprend, et le mariage est la forme (au sens causatif et aristotélicien du terme) par laquelle naît l’agapê pour tous ceux que Dieu n’appelle ni à la vie monastique ni à la royauté.

    Le mariage est donc une vocation, comme la royauté ou la vie monastique. Il n'est pas une question de plaisir ou de sentiments : l'agapê n'est pas des sentiments. Dans la vocation, c’est Dieu qui appelle et c’est Dieu qui unit. Il n’y a pas de choix de notre côté, car c’est Dieu et lui seul qui nous appelle et par là nous libère selon la parole « la vérité vous rendra libres ». La liberté ne nous rend pas vrais, c’est l’inverse qui est le cas. Nous pouvons certes nous détourner de notre vocation, mais cela ne prouve pas notre liberté, car :

    C'est à cause de la dureté de votre coeur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes; au commencement, il n'en était pas ainsi. Matthieu 19:8

    Les couples dysfonctionnels dont monsieur Trémolet de Villers fait si grand cas ne prouvent pas la vitalité du mariage mais sa corruption. En Dieu, il n’y a pas de désordre, mais seulement de l’ordre. Pour le désordre dans ses formes multiples et variées, prière de s’adresser au diable.

    Il est très important de voir les conséquences de l’inversion anthropologique qui consiste à placer l’ego en avant au détriment de l’essence et de ses médiations archétypales. Si le mariage est affaire de liberté égotique, celui-ci devient automatiquement un contrat, révocable dès que change la volonté de l’une des parties (terme neutre ô combien parlant !). Par ailleurs, la liberté de choix, qui n’est qu’un autre nom de la raison, implique une distance, un détachement par rapport au monde et à l’autre. La liberté est un quant-à-soi. Cela est totalement incompatible avec la nature de l’amour vrai, qui est don de soi et engagement total jusqu’à la mort. Vouloir être libre dans l’amour, c’est vouloir la mort de l’amour.

    En outre, l’idée de liberté rationnelle implique celle du sujet libre détaché de sa nature. C’est ce sujet qui exige à cor et à cri d'être aimé « pour lui-même », selon une formule éculée. Cela signifie que, dans le couple, il n’y a pas un homme et une femme qui s’aiment en s’appuyant sur leur réalité anthropologique essentiellement aimante et féconde, mais deux sujets NEUTRES qui tentent de se relier tant bien que mal selon leur humeur ou leurs intérêts du moment. Leur tâche est d'autant plus difficile qu'ils se croient obligés, au nom de la créativité de la liberté, de réinventer leurs rôles, ces médiations indispensables de l'essence sexuée de chacun***.

    Il faut aussi souligner que le choix libre de l'ego est une pure illusion, car celui-ci n'est qu'une réponse mécanique et variable à des stimulations extérieures. D’ailleurs, le mariage n’a jamais aussi mal fonctionné que depuis que le poison de la liberté de choix y a été répandu. Ce fait historique doit nous faire réfléchir.

    Un excellent exemple de la pensée biblique sur ce sujet est la relation entre Jésus et Judas. Jésus a choisi Judas, mais en même temps il insiste sur la prédestination de ce choix : il fallait que Jésus choisît Judas pour que les prophéties s’accomplissent et que sa propre vocation s’accomplît.

    En Chine, où je vis, toute relation est interprétée en terme de prédestination ou yuanfen 缘分. Et cela n’effraye personne. Au contraire, si la relation est fondée sur l’ordre cosmique (chez nous, on parle de la Providence), on peut être sûr qu’elle sera couronnée de succès. Vouloir la liberté de choix, ce serait vouloir le désordre et l’échec. Dans notre culture on parle d'âme soeur, c'est-à-dire un être humain qui aurait avec nous de telles affinités qu'il rendrait par là même tout choix raisonné de notre part inutile, que dis-je ? sacrilège ! Cette idée, qui est une réalité pour certains, est séduisante, mais doit être corrigée par un autre archétype, celui de la bête : cet être monstrueux et repoussant que le héros ou l'héroïne du conte doit apprivoiser ou aimer avant de découvrir son visage adorable. L'amour, sous le régime du péché, est une conquête.

    J’espère que ces quelques réflexions pourront être utiles à quelques-uns. Si nous parvenons à nous défaire de l'idée pernicieuse et pseudo-héroïque de la liberté individuelle, nous ne pourrons que nous émerveiller de la beauté et de la justesse de l'ordre divin ; et, tandis que d'autres, ne voulant compter que sur leurs propres forces, se surmènent jusqu'à en crever pour réinventer ce que Dieu a prévu pour l'homme de toute éternité, vivre dans la sérénité et la confiance en enfants qui jouent sur les genoux de leur Père céleste.




    *Faits pour l'unité et non l'un pour l'autre, comme on l'entend dire partout. La finalité de l'homme et de la femme est supra-individuelle. Faute de l'avoir compris, on en vient à proférer des erreurs comme "la femme est l'avenir de l'homme" (Aragon) ou "la femme donne un sens à la vie de l'homme" (Brassié), ce qui revient à nier la masculinité.
    **Si j'en crois Etienne Gilson, Thomas d'Aquin enseignait que Dieu n'a pas d'essence, mais est un pur acte d'exister. Sans doute faut-il voir là le début de l'existentialisme et de tous ses errements destructeurs.
    ***"Le logos s'est fait chair" signifie que la sagesse divine s'est manifestée non seulement dans un être humain, mais dans un Juif du premier siècle, fils de Joseph et de Marie, menuisier de son état à Nazareth. Les rôles sont la médiation culturelle par laquelle les individus ont accès aux énergies de leur essence. Chaque culture a sa manière de les concevoir, avec une justesse variable qui dépend de sa connaissance des hommes et de son milieu vital.
    _________________
    Pour vaincre dans le combat, il faut du courage plus que de la courtoisie.
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    MessagePosté le: 18/03/2014 04:52:37    Sujet du message: Publicité

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