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    « Il est trop » ce Sarko !

     
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    Petit Gaulois
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    Inscrit le: 16 Jan 2007
    Messages: 6 357

    MessagePosté le: 17/01/2012 16:51:30    Sujet du message: « Il est trop » ce Sarko ! Répondre en citant

    Éditorial du numéro 120 de la revue

    « Il est trop » ce Sarko !

    Le 24 avril 2007 à Rouen, entre les deux tours de l'élection présidentielle, il avait été sublime : Comment être à Rouen et ne pas penser à Jeanne d'Arc qui prit les armes pour sauver la France lorsqu'elle sut « la pitié qu'il y avait au royaume de France » (…) Comment être à Rouen et ne pas penser à ce que Barrès disait de Jeanne ? (...) Je n'ai pas l'intention de renier cet héritage chrétien dans l'histoire de France. Je sais, cela ne se fait pas. Trop tard, c'est fait. La France c'est Saint-Denis, c'est Reims, c'est Domrémy, c'est le Mont Saint-Michel. La France c'est Dieu sorti du sanctuaire où l'art roman l'avait enfermé pour être offert à la lumière des cathédrales. Cathédrales qui font la fierté des villes. »

    Le 6 janvier 2012, à Domrémy, à l'occasion du sixième centenaire de la naissance de la sainte de la patrie et à un peu plus de trois mois du premier tour de l'élection présidentielle, le président-candidat fut plus sobre, évoquant la foi et le courage de Jeanne, « un des plus beaux visages de la France ». Il dénonça, à mots couverts, la récupération de Jeanne par le Front National (mais qu'a fait, en cinq années de présidence, Nicolas Sarkozy au nom de Jeanne ?) et surtout découvrit en elle « le visage de la première résistante française (…) Jeanne d'Arc a ainsi sa place dans notre mémoire collective à côté de Victor Hugo, à côté du général De Gaulle, à côté de Jean Moulin, à côté d'Aimé Césaire, à côté des résistantes déportées à Ravensbrück ».

    Cette énumération, par un tel personnage, en de telles circonstances, mérite analyse. Chacun s'accordera d'abord sur le fait que la personnalité et la mission de Jeanne peuvent se caractériser de la manière suivante : pureté du cœur et des intentions, amour de la France, volonté de servir Dieu.

    Qu'en est-il de la filiation entre notre héroïne et les personnages cités ci-dessus ?

    Victor Hugo fut un immense poète. Cependant son comportement notoirement priapique l'apparente plus à l'ancien député-maire de Sarcelles qu'à la Pucelle d'Orléans… Quant à ses intuitions visionnaires, chacun pourra en mesurer la pertinence. Citons : « Le XIXe siècle est grand mais le XXe sera heureux. Ouvrir une école c'est fermer une prison… » Les visions de Jeanne semblaient plus fiables.

    L'invocation aux mânes du général De Gaulle constitue aujourd'hui le signe de reconnaissance de l'ensemble de l'Établissement politico-médiatique selon la formule d'André Malraux : « Tout le monde a été, est ou sera gaulliste ». Ce qui est certain, c'est que Jeanne pleurait de voir couler le sang français, « elle n'avait jamais vu de sang français que les cheveux ne se lèvent sur la tête ». L'homme du 18 Juin ne fut, quant à lui, guère avare du sang français qu'il fit couler. Il y eut les inconnus de Dakar, de Syrie, de l'Épuration, les harkis livrés au FLN, les résistants assassinés de l'Algérie Française… Il y eut aussi de plus célèbres victimes : un ministre de l'Intérieur, Pierre Pucheu, un poète de 36 ans, Robert Brasillach, un colonel qui n'avait, quant à lui, jamais eu une goutte de sang sur les mains, Jean Bastien-Thiry, etc. N'oublions pas ceux dont la disparition tragique facilita à ce point les desseins du Général qu'il serait naïf de n'y voir qu'un providentiel concours de circonstance. Nous pouvons ainsi évoquer l'assassinat le 24 décembre 1942 de l'amiral Darlan, dernier obstacle sur la route du pouvoir suprême, ou l'élimination en juillet 1961 de Si-Salah qui avait cru à la paix des braves en Algérie… « Diviser au nom de Jeanne d'Arc, c'est trahir la mémoire de Jeanne d'Arc » déclare Nicolas Sarkozy. Certes, mais que vient alors faire le général De Gaulle dans sa filiation, lui qui, selon le mot définitif de Jacques Perret fut « général de brigade à titre provisoire et de division à titre définitif ».

    Quant à Jean Moulin, ancien préfet d'Eure-et-Loir, éphémère président du Conseil national de la Résistance (deux mois), dont les « cendres présumées » sont au Panthéon, la mission que lui avait confiée le général De Gaulle était d'unifier les mouvements de résistance sous son autorité, en liaison étroite avec les partis institutionnels de la IIIe République dont le Parti Communiste. Son arrestation, dans des circonstances jamais clairement élucidées, puis sa mort suite aux tortures qu'il subit, mirent fin à la mission. Au-delà de ce destin tragique, l'influence de l'action de Jean Moulin sur le cours des événements semble bien faible. S'il fallait donner en exemple une figure lumineuse de la Résistance, le lieutenant de vaisseau Honoré d'Estienne d'Orves serait sans doute plus indiqué. Il avait cependant le tort d'être monarchiste et catholique alors que Jean Moulin était fils de franc-maçon, peut-être franc-maçon lui-même, et s'était distingué au cabinet de Pierre Cot, ministre de l'Air, dans l'aide aux républicains espagnols. Entre la pure jeune fille morte à 19 ans qui sauve la France et l'obscur fonctionnaire républicain emporté par la tourmente, on cherche, sans le trouver, le rapport.

    Quant à Aimé Césaire, je ne suis pas certain que les poèmes surréalistes de ce membre du parti communiste auraient charmé Jeanne. Ce qui est certain c'est que son apparition l'aurait étonnée. Peut-être l'aurait-elle pris pour un roi mage ? Nous mettrons cette référence à Aimé Césaire, qui ne s'attendait sans doute pas à être un jour considéré comme un héritier de Jeanne d'Arc, sur le compte de la discrimination positive. Comme il faut un quota de beurs à Sciences Po, il convient qu'il y ait un ratio de « personnes issues de la diversité » dans les discours du président de la République.

    Certains pourraient être surpris qu'un président de la République dit de droite cite majoritairement des personnalités de gauche, dans la prétendue continuité de Jeanne d'Arc. Le général De Gaulle est un cas à part : étant la France à lui tout seul, il est à la fois la gauche et la droite.

    Ce serait ne pas comprendre que la vraie ligne de fracture entre la gauche et la droite n'est pas où certains le croient. Il serait plus juste de chercher une ligne de partage entre tenants de la Révolution et adversaires de celle-ci. À cet égard, la distinction la plus simple et la plus immédiatement compréhensible par tous n'est-elle pas entre ceux qui se reconnaissent dans la parole de l'Écriture « La vérité vous libèrera » (Jn, VIII, 32) et ceux qui chantent le chœur des esclaves du Nabucco de Verdi, « Liberté, tu es la seule vérité » ? Les autres distinctions peuvent être des différences de degré mais pas de nature, ce qui explique l'absence de gêne de Nicolas Sarkozy à citer des personnalités dont il sait bien qu'elles sont, en fait, plus proches de lui qu'elles ne le sont de Jeanne, « récupérée par l'extrême-droite ».

    De plus la continuité est à la mode. Notre époque sans repères se cherche des racines. Jacques Chirac nous avait déjà expliqué qu'elles étaient autant musulmanes que chrétiennes ; Nicolas Sarkozy, lui, estime que « Jeanne incarne les racines chrétiennes de la France, ce qui ne fait en aucun cas injure à la laïcité dans laquelle nous croyons tant ». La laïcité, à la française, serait ainsi dans la continuité de la chrétienté. La démonstration reste à faire ! Ce qui est certain c'est que, dans ce discours, pas une fois ne sont cités les mots Dieu, Christ ou Jésus. On ne plaisante pas avec la laïcité, mais on se condamne également à ne rien comprendre à la mission johannique.

    N'étant pas à une contradiction près, trois jours avant cet éloge de Jeanne d'Arc, qu'il concluait par la phrase célèbre de Malraux sur Jeanne, qui aurait symbolisé « le corps brûlé de la chevalerie », Nicolas Sarkozy avait fustigé, lors de ses vœux aux Armées à la base de Lanvéoc-Poulmic, l'« obscurantisme médiéval » à propos des talibans afghans. Il y eut Tintin au Tibet, Jeanne au pays des pachtouns semble plus improbable... Tout cela pourrait évoquer pour nous le constat désabusé de monsieur de Bonald : « L'ignorance des hommes d'État fait pitié plus encore que leur corruption ne fait horreur ». Il n'en est rien car l'essentiel est ailleurs. Personne n'a lu, ni ne lira le discours de Nicolas Sarkozy à Domrémy ! L'Histoire, en revanche, retiendra que le président de la République ès-qualité a rendu hommage à la Sainte de la Patrie à l'occasion du sixième centenaire de sa naissance. Cette démarche officielle du chef de l'État donne à l'événement une dimension et au destin de Jeanne une exemplarité, que seul le prestige de la fonction dont Nicolas Sarkozy est revêtu pouvait conférer. C'est un fait. Comme celui d'avoir élevé le commandant Hélie Denoix de Saint-Marc à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur est la reconnaissance de la pérennité dans le temps, au moins au sein de nos forces armées, de la légitimité de la belle devise : Honneur et Fidélité.

    Alors que les calculs électoraux passent bien vite, certains gestes fastes portent du fruit dans le temps, comme l'a admirablement souligné Jacques Trémolet de Villers dans Présent du 11 janvier dernier. Entre naïveté et zèle amer, sachons accueillir le bien et nous en réjouir quand il survient, même imparfait et entaché d'erreurs et de calculs.

    Jean-Pierre Maugendre




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    Editeur : Renaissance Catholique
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    MessagePosté le: 17/01/2012 16:51:30    Sujet du message: Publicité

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