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    Guerre d'Algérie à Paris

     
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    Auteur Message
    Valat Rémi
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    Inscrit le: 28 Oct 2011
    Messages: 1
    Localisation: Japon

    MessagePosté le: 28/10/2011 20:20:00    Sujet du message: Guerre d'Algérie à Paris Répondre en citant

    Pour que cessent les « Opérations calots bleus » (ou la désinformation) au sujet de la force de police auxiliaire et la nuit du 17 octobre 1961

    « Que la pauvreté de ta robe. Ne te fasse honte ni peur, Ne te diminue ou dérobe.
    La suffisance ni le cœur. »
    Agrippa d’Aubigné, Les Tragiques

    Madame, Monsieur,
    Vous ne me connaissez probablement pas, peut-être avez-vous entendu mon nom, mais cela n’a aucune importance, et c’est bien normal, la « Guerre d’Algérie » n’est point mon fonds de commerce et me suis fait plutôt discret. Je vous demande seulement de consacrer un peu de votre temps à la lecture de ce billet de « ré-information », si vous me permettez l’expression.
    Madame, Monsieur, j’ai eu l’honneur ces dernières années de croiser les hommes ayant servi dans les rangs de la force de police auxiliaire (FPA), abusivement appelée « harkis de Paris » (à des fins de propagande, il faut le dire). C’était au cours de recherches à caractère scientifique menées sur cette unité. Si je me tourne vers vous, c’est que peut-être avez-vous entendu les qualificatifs de « traîtres », de « collabos », et j’en passe, au sujet des harkis en général et policiers auxiliaires en particulier . « Traîtres ! », mais qui ont-ils trahi exactement ? Un « collaborateur », c’est me semble-t-il, un agent volontaire ou contraint œuvrant pour une force d’occupation. Peut-on appliquer cette définition aux forces supplétives en Algérie et à Paris ? Légalement, un harki était un soldat de l’armée française. En revanche, que ces hommes aient été perçus comme tels par les militants nationalistes en raison du caractère colonial de la présence française en Algérie, ceci est parfaitement légitime. Mais alors, dans ce cas, pourquoi accepteraient-ils une telle insulte d’un détracteur – qui serait de surcroît nationalité française ? Qui est le traître ? Celui dont le père s’est battu pour la France ou bien celui qui –bien qu’administrativement français - trahi par le verbe son pays de naissance ou d’accueil en proférant une telle insulte ? Je ne cherche pas à provoquer un conflit communautaire (car, c’est l’argument que l’on va me retourner, bien évidemment, la « bête immonde » -dit-on- sommeillerait...), il conviendrait plus tôt de remettre les choses à leur place, et d’appeler un chat, « un chat ».
    Cette lettre s’adresse aussi bien aux membres de la communauté des rapatriés d’Algérie qu’aux citoyens de tous opinions, car je me rends compte, qu’au fil du temps, que les accusations (les nouvelles « opérations calots bleus ») que l’on jette à la figure des combattants engagés dans l’armée ou les forces de l’ordre pendant la guerre d’Algérie sont bien souvent des contre-vérités.
    Je tiens à préciser cependant, que je suis ni un « nostalgique de l’Algérie française », ni un membre de l’extrême-droite, de l’extrême-centre, de l’extrême-gauche ni d’aucune autre chapelle. Cette précision est très importante, car en France, la pensée manichéenne de nos intellectuels catalogue toute personne traitant de la thématique « harkie » (surtout sans lui baver dessus sans fondement) comme un agent du « front national », un « rouge-brun », un « sarkozyste » ou que sais-je encore. Je vous demande de bien vouloir pardonner, la tonalité parfois ironique de ce billet portant sur un sujet sensible vous concernant peut-être, mais je pense que l’humour est la meilleure réponse aux critiques dont ont fait l’objet les policiers auxiliaires à travers mon ouvrage (Les calots bleus et la bataille de Paris. Une force de police auxiliaire pendant la guerre d’Algerie), qui est je le précise épuisé et dont je ne fais aucune promotion à des fins commerciales.
    Dans ce mot, j’évoquerai la personnalité de Monsieur Emmanuel Blanchard mon principal détracteur (et celui de la FPA). Malgré mon ton ironique, cet « historien » est techniquement excellent et quelqu’un dans le fond animé de bons sentiments, mais dont le jugement se brouille et perd de son impartialité. Je l’intégrerai dans la catégorie des « messieurs Onuphre », terme générique qui pourrait s’appliquer à tous les « historiens militants » écrivant sur la guerre d’Algérie dans une optique d’autoflagellation (« complexe du colonisateur »), dans un esprit rebelle de comptoirs, ou pour le moins de critiques faciles à sens unique, et souvent dans un intérêt non avoué d’insertion professionnelle.
    Cette lettre, « monsieur Onuphre », n’est commanditée ni par le préfet de police, ni par le colonel Raymond Montaner (qui paraît-il aurait un talent hors pair pour dicter la pensée des auteurs), ni –à l’aide du médium d’une transe chamanique- par l’esprit de Monsieur Maurice Papon. Peut-être est-ce un complot des Cylons ou des Monarchomaques ? Non, cet écrit est l’expression d’un auteur indépendant. Donc, je rappelle que le 22 novembre 2007 paraissait aux éditions Michalon Les calots bleus et la bataille de Paris. Une force de police auxiliaire pendant la guerre d’Algérie (1959-1962). Ce livre traitant principalement de la Force de police auxiliaire a été salué pour son objectivité et sa rigueur scientifique , mais selon cet « historien », mon travail manquerait d’objectivité dans son écriture, reléguant cette contribution, selon les termes d’un autre « monsieur Onuphre » (le professeur britannique Neil Mac Master ) a une ≪ apologie ≫ de Maurice Papon (le « mal absolu », si vous lisez entre les lignes). Selon Emmanuel Blanchard, mon argumentaire serait sous « l’influence des vues du commandant Montaner qui inspire la conception de l’ensemble de l’ouvrage ». J’ai répondu à ces critiques dans un article mis en ligne sur le site du Centre de recherche et d’études sur l’Algérie contemporaine, dirigé par Monsieur Jacques Simon, ancien militant messaliste, historien de référence, docteur en histoire et biographe de Messali Hadj. Cet article, dont je reprends ici en partie les grandes lignes, est consultable à l’adresse suivante : www.creac.org/phpsimon/force.pdf.
    La thèse d’ Emmanuel Blanchard (mise en ligne récemment à l’adresse suivante : http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00624302/en/ ) est un excellent travail d’historien sur la forme, mais la technique ne signifie pas « objectivité ». Son texte est une longue suite de critiques sur mon travail (la FPA et la police, bien sûr, vous comprendrez pourquoi après un tel acharnement, cela méritait bien une petite réponse), il ignore ou minimise les observations, souvent dures portées à l’endroit de l’institution policière (n’ayant pas de parti pris idéologique, l’histoire est une science avant tout, j’ai critiqué les deux belligérants) et préfère laisser planer le doute sur mon intégrité sans apporter d’ailleurs le moindre argument contradictoire solide (inutile certainement). Pourquoi ces critiques ? Ces dernières visent plutôt mon ancienne administration d’appartenance : la préfecture de police. En 2007, j’étais effectivement archiviste auprès de cette institution et j’ai eu l’honneur (et je pèse bien mes mots) d’y classer les archives administratives et privées de Monsieur Maurice Papon. J’étais donc la « cible idéale », mais les « héros de la 12e heure » (une variante du « monsieur Onuphre ») qui me critiquent n’ont pas l’étoffe de Marc Bloch, je vous rassure. C’est rapidement oublier que le fonctionnaire français est certes un ≪ sujet ≫, mais aussi et surtout, un ≪ citoyen ≫. Ce livre n’était pas une commande occulte de mes anciens supérieurs hiérarchiques, j’ai bien précisé dans mon livre qui j’étais et dans quelles conditions se sont déroulés les entretiens avec les anciens agents de la FPA. Et c’est dans ces circonstances que j’ai fait la connaissance de ces hommes et de leurs officiers, avec initialement un avis assez partagé.
    Madame, Monsieur, si aujourd’hui j’ai franchi en quelque sorte la « ligne blanche » en écrivant ces lignes, c’est parce que je puis le faire et pour riposter sur un terrain sur lequel manoeuvrent déjà les escadrons de « Monsieur Ornuphe » : je ne suis plus fonctionnaire à la préfecture de police et travaille dans le secteur privé donc, « monsieur Onuphre », pas d’ordre direct depuis la caserne de la Cité (peut-être un complot de la CIA, du FSB ? ). Je suis simplement un passionné d’histoire -qui ne vit aucunement sur les deniers publics pour baver sur l’administration sans fondement-, mais qui a toujours respecté la déontologie de l’historien. Tout ce que j’ai écrit –et ce que j’écris- s’appuie sur des documents, je n’invente rien. Cependant, le citoyen s’interroge.
    Sur ce point, Madame, Monsieur, je trouve que Marianne est une bonne mère, elle continue d’allaiter même ses enfants les plus ingrats. C’est le signe de la vigueur de notre démocratie, mais je pense qu’un historien doit rester dans sa « tour d’ivoire ». Pourquoi ? Je reconnais que la problématique de la guerre d’Algérie peut être rapprochée à la crise que traverse actuellement notre société. « Actuellement », oui. Toute action militante présente, à mon sens, fausse le jugement de l’historien (du « temps présent ») et crée une situation propice aux rapprochements faciles. Pierre Vidal-Naquet, à chaud, s’est engagé contre l’Algérie française, mais il était fondamentalement un remarquable historien de la Grèce Antique, et par conséquent son militantisme n’a terni en rien la qualité de son travail. Le FLN maintenant, c’est un bon sujet de recherche, pour faire carrière, franchement, jeunes étudiants allez-y, pas la peine de passer des concours de l’enseignement !!! Pierre Vidal-Naquet, lui, n’a pas bâti sa notoriété d’historien sur la guerre d’Algérie, c’était quelqu’un d’honnête, qui a su faire la part des choses. Dans une certaine mesure, on pourrait même légitimement se poser la question suivante : Après l’essoufflement de la vague de l’écriture d’une Histoire, certes militante mais sincère (celle d’Einaudi), surviendrait une seconde vague, plus habile, qui tout en s’appuyant sur des thèses d’une indéniable qualité, chercherait à remplir le même objectif, en se camouflant sous les plis de la couverture scientifique ? Je n’ai aucune réponse à cette question, mais la physionomie de l’historiographie actuelle sur le sujet, donnerait cette impression.
    Mon opinion est, que la France comme tous les États dans le monde, subit les effets de la mondialisation libérale. Nous connaissons une phase de transition, et par conséquent de doutes, et c’est pour cela, que ces « historiens », mettent à profit cette faiblesse... Le sujet sur l’ « identité nationale » n’est pas un vain mot, je pense. L’immigration est une indéniable richesse, mais la perte de « son identité » et de la volonté de vivre en commun et dans la paix civile, c’est beaucoup plus grave. Les historiens français ont largement fait la part des choses concernant les « responsabilités françaises », maintenant il faudrait se pencher sur celle de notre ancien adversaire et « ami » : le gouvernement algérien, émanation du FLN. Car ceci crée un malaise que je comprends aisément, et c’est pour cela que des personnes qualifient les enfants ou les proches de harkis de « traîtres ». J’y reviendrai à la fin de ma longue lettre, mais les idées les plus justes ne se formulent pas par des slogans.
    On a souvent argué des responsabilités de Maurice Papon, c’est vrai et nous allons y revenir, mais, je me pose des questions sur une personnalité, fréquemment citée dans les publications sur l’Algérie contemporaine, à savoir Monsieur Ali Haroun, membre de l’exécutif de la fédération de France du FLN et décisionnaire du lancement de la guerre civile algérienne en métropole . Petit rappel au passage, ce conflit aurait fait 3 957 tués, 7745 blessés pour un total de 10 223 attentats pour la période du 1er janvier 1956 au 23 janvier 1962 sur le sol national, selon les statistiques officielles. Pour le seul département de la Seine, j’ai relevé 1 433 tués et 1 726 blessés entre le 1er janvier 1956 et le 31 décembre 1962. Rappelons également que de l’autre côté de la Méditerranée, la « guerre de libération » reste probablement l’unique source de légitimité du gouvernement dictatorial algérien à bout de souffle (peut-être) ? En 1991, année cruciale en Algérie, le mouvement de grève initié par le Front islamique du salut est sévèrement réprimé par le gouvernement et bon nombre des manifestants sont envoyés dans des centres d'internement dans le désert saharien. La concomitance entre la parution de l'ouvrage de Jean-Luc Einaudi (qui reprend d'ailleurs l'ossature et les photographies produites par le FLN en novembre 1961) , et la repression de juin 1991 à Alger est pour le moins troublante ! ? Il convient par ailleurs de signaler que le responsable de l'application du respect des « droits de l'homme » (en Algérie, le sens est un peu différent du nôtre) au bénéfice des manifestants détenus dans les camps algériens a été confiée à un ministre chargé spécifiquement de ces questions, devinez qui ? Ali Haroun, un professionnel du répressif. L’indéniable collusion entre l’avocat et la dictature militaire en Algérie a été développée dans l’ouvrage de Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire, Francalgérie, crimes et mensonges d’ État, déjà cité. Donc, si j’en crois les sources citées (Meynier, Aggoun, Rivoire), cela ferait beaucoup de sang sur les mains, non ? D’autant que cette personnalité a été très probablement partie prenante dans la décision du lancement des manifestations d’octobre 1961, avec pour désir d’aboutir à une répression féroce (voir infra).
    Madame, Monsieur, de quoi précisément accuse t-on les policiers auxiliaires (dont je serais l’âme damnée, aux ordres du Grand Manitou suprême, Raymond Montaner).
    Tout d’abord l’usage de la torture. L’usage de ce terme n’est pas innocent, car la torture est à la fois moralement inacceptable et interdite par les conventions internationales. Selon les «« messieurs Onuphre » (Emmanuel Blanchard et Neil Mac Master), je minimiserais les violences commises sur les militants du FLN . Cette critique hâtive fait abstraction des problèmes disciplinaires qu’a connu la FPA, détaillés et remis dans leur contexte dans mon ouvrage sans être pour autant minorés . Emmanuel Blanchard remarque, très justement, que l’appellation de ≪ bataille de Paris ≫(au même titre que la ≪ bataille d’Alger ≫) donnée aux opérations de police et aux combats survenus dans les rues de Paris, résulte d’un choix politique des pouvoirs publics pour édulcorer les violences policières. Cependant, dans les deux cas, il convient selon moi, de conserver cette appellation, car elle est plus proche de la réalité des faits.
    Selon Monsieur Blanchard, « les opérations d’envergure contre la FPA étaient donc surtout symboliques. Elles ressortissaient, selon lui, à une logique de marquage territorial et n’étaient que secondairement destinées à affaiblir des unités dont les locaux étaient trop soigneusement gardés pour que leur défense soit affaiblie par des commandos peu aguerris ». Faux. Ces attentats perpétrés par le FLN relèvent certes d’un symbolisme politique (argument que l’on retrouve en octobre 1961, voir infra), mais ces agressions n’en demeurent pas moins des actes de guerre, vécus comme tels par les acteurs au quotidien. Les stratégies misent en place par les belligérants, la série d’attaques menées par les groupes armés contre les forces de l’ordre, et la FPA en particulier, sont des actions militaires conduites dans le cadre d’un conflit de basse intensité . C’est pourquoi l’appellation de bataille est mise entre guillemets : il s’agit ici d’un affrontement conduit dans un cadre non conventionnel, mais qui reste de nature militaire. La ≪ bataille de Paris ≫, donc, débordait largement du cadre commun des opérations de police, celles-ci n’étant qu’une des facettes de l’affrontement. Rappelons au passage qu’au début des années 1960, la conception occidentale de la guerre connaît une phase de transition s’émancipant du modèle des conflits conventionnels pour aboutir à son caractère multiforme actuel, que l’on pourrait qualifier de ≪ hors limites ≫. Éluder les aspects militaires de cette lutte est une contre-vérité, visant à marquer la disproportion qu’il y aurait eu entre la répression et les manifestations du nationalisme algérien à Paris.
    Au sujet de la torture, je rappelle que celle-ci, selon la définition ratifiée par l’assemblée générale des Nations unies le 10 décembre 1984, était l’apanage des deux camps et que ces moyens sont consubstantiels au terrorisme et au contre-terrorisme . Les militants du FLN en usait pour obtenir des renseignements, mais aussi et surtout pour le châtiment des « traîtres » (déjà le vocable) à la cause indépendantiste avant leur exécution. En revanche, les pressions physiques et morales, parfois très dures,exercées par les supplétifs visaient exclusivement l’obtention de renseignements. Seule une fraction des hommes interpellés tentait de résister à la pression des agents interrogateurs. Pour ces derniers, les moyens de coercition montaient en puissance en fonction de leur résistance et des enjeux. La seule exception aurait été, selon le témoignage du lieutenant-colonel Raymond Montaner, les collecteurs de fonds : ces derniers étaient fréquemment rossés dans un but d’action psychologique (notez au passage, le genre de témoignage assumé par cet officier qui ne minimise rien des actions menées sous son commandement). Le message adressé a la population algérienne subissant la pression physique de ces collecteurs (de la violence physique, le tarif de base dirais-je, à l’exécution sommaire) visait à démontrer précisément la réversibilité des violences . En un mot, l’arroseur arrosé !
    Pour ce qui concerne les militants de l’organisation spéciale (OS) arrêtés pendant l’hiver 1961 (et non pas de simples passants victimes de la répression, dixit Paulette Péju), les chefs de section de la force de police auxiliaire ont été confrontés a des patriotes courageux. L’OS était, je le rappelle au passage, une émanation de l’armée de libération nationale (ALN) et ses membres étaient des combattants plus expérimentés que la moyenne des militants des groupes armés locaux. L’engagement de cette formation paramilitaire atteste d’une part, de l’intérêt porté par le FLN à l’action de la FPA dans Paris, et d’autre part, de la volonté de l’organisation clandestine de lui porter atteinte militairement (et non symboliquement). Il ne fait aucun doute que ces hommes ont subi des pressions physiques et morales particulièrement dures, principalement en raison de leur mission, qui était, rappelons-le, d’affronter les patrouilles ou les postes de la force de police auxiliaire.
    Les violences étaient ciblées, aucunement systématiques, s’intégrant dans un système institutionnalisé de recherche du renseignement en profondeur. Les rapports médicaux produits à l’époque par l’administration attestent de la dureté des coups reçus. J’ai pu déterminer leur nature en confrontant les témoignages des militants violentés avec les constatations médicales, avec l’appui d’un médecin professionnel, alors en exercice (je remercie au passage cette personne pour son honnêteté, son courage et son professionnalisme). Grâce à cette méthode, il m’a été permis d’exclure bon nombre de pratiques inventées dans un but de propagande . En revanche, et malgré le caractère tardif des examens, la nature des lésions confirment les passages a tabac, mais ne permettent pas d’affirmer le recours a d’autres formes de violences, menées avec sadisme ou acharnement. Replacés dans leur contexte et mis en perspective avec ceux commis par les adversaires directs de la force de police auxiliaire, ces actions prennent une autre dimension. Oui, la « torture » relevait du fonctionnel. Oui, une distinction doit être faite entre les mauvais traitements dans une démarche d’extorsion de renseignements et le sadisme, comme acte avilissant et gratuit . Enfin, le témoignage du lieutenant-colonel Montaner - qui je le répète ne minore rien et assume ses décisions et actes – est en totale adéquation avec l’analyse scientifique des faits : c’est peut-être cela, que Emmanuel Blanchard, ne parvient pas à comprendre. Le témoignage initial de cet officier était pour moi, un témoignage comme un autre et il était sujet à caution comme tout autre témoignage, jusqu’à ce qu’un faisceau d’indices me permettent d’accepter, comme plausible cette version des faits .
    Ces faits, je le rappelle, doivent être observés et replacés dans leur contexte afin d’en comprendre les mobiles sans souci de justification. Dans un conflit de basse intensité, opposant des unités réduites engagées dans un affrontement ou les facteurs humain et psychologique sont prépondérants, cet aspect ne pouvait être ignoré. Les policiers auxiliaires (et leurs courageux adversaires) étaient des soldats engagés dans une « sale guerre ».
    Enfin abordons le thème de la « nuit noire » du 17 octobre 1961. Les journalistes parlent souvent de « marronniers » pour un sujet qui revient tous les ans à la même date (pour une fois que cette profession se critique d’elle-même). L’année 2011 est un bon millésime, avec une belle robe rouge (comme les cartons d’archives).... Oui, on connaît les responsabilités de la police parisienne, la littérature abonde à ce sujet. Même Jean-Luc Einaudi a publié la énième version de son livre (seul le titre change pour attraper le pigeon, mais le fond reste le même.... ). Cette année on a eu droit à des fleurs, le geste est beau, fort, symbolique... Mais est-il vraiment sincère ? À qui profite le crime... À trop ressasser les mêmes contre-vérités sur les responsabilités françaises (bien réelles), on oublie que la guerre comme l’amour se vit à deux. Les donneurs d’ordre de cette manifestation sont-ils blancs comme neige ? Permettez-moi d’en douter.
    Revenons au sujet. Les circonstances et les enjeux de pouvoirs internes au FLN qui ont conduit au déclenchement des manifestations du 17 octobre 1961 sont désormais connus, grâce aux travaux de Neil Mac Master . Cette analyse néglige l’importance des aspects militaires : en effet, le couvre-feu décrété par Maurice Papon coïncide avec une amplification de l’action des services de police contre les groupes paramilitaires du FLN en totale décomposition, notamment grâce a la série d’arrestations conduites par la force de police auxiliaire. Privé progressivement de son appareil de combat, le seul moyen disponible pour sensibiliser à sa cause l’opinion publique métropolitaine et internationale passait par une démonstration collective publique susceptible de dégénérer en violences. Il est important de rappeler que le rayonnement politique du FLN se fondait sur sa représentation aux Nations unies et par sa forte présence en métropole. Pour ne pas perdre le contrôle de sa base – notamment de ses groupes paramilitaires, le comite fédéral a été mis en demeure par l’exécutif parisien de précipiter les événements et de suspendre ses attaques contre les forces de l’ordre. Cette initiative, spontanée, prise sans l’assentiment du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), résulte aussi des tensions internes et des intrigues pour le pouvoir qui déchirent le FLN en vue de la prise de contrôle politique après l’obtention de l’indépendance . Le comité fédéral aurait joué cette carte dans l’optique de rappeler au GPRA son poids politique et mettre en évidence le soutien qu’il reçoit des immigrés algériens de métropole.
    C’est pourquoi, Mohamed Zouaoui et ses trois contrôleurs, décident en pleine connaissance de cause, le 7 octobre 1961, de lancer 20 000 manifestants sur le pavé parisien pour protester contre le couvre-feu décidé l’avant-veille par le préfet de police . L’itinéraire des cortèges nocturnes n’est pas innocent, il vise des lieux symboliques (oui) de la capitale (dont la préfecture de police et les Champs-Ėlysees en raison de leur proximité avec le palais présidentiel) : c’est un choix prémédité de manière a susciter une réaction optimale des forces de l’ordre. La fédération de France du FLN, sur les renseignements fournis par le comité fédéral parisien, ne pouvait ignorer l’état d’exaspération des policiers et de sa base militante à l’automne 1961, et d’ailleurs ≪ pressentait ≫ la virulence de la répression . Des rapports internes du FLN, consultés par l’historienne Linda Amiri à partir des archives de cette organisation, l’attestent . Pourquoi alors persévérer sciemment dans cette voie ? Par démarche martyrologique ? Pourquoi avoir programmé une ≪ manifestation des femmes contre la répression ≫ en amont avant que celle-ci n’ait effectivement eu lieu? Emmanuel Blanchard quant a lui nie cette hypothèse en arguant de l’absence de document écrit. Cette observation, empreinte de « naïveté ≫n’est pas acceptable, puisqu’elle ne prend pas en considération la nature clandestine du FLN. La clandestinité impose précisément l’usage de consignes orales, sans consignation écrite, des décisions secrètes d’une portée stratégique (et surtout dont les conséquences sont en contradiction flagrante avec la mission historique de la fédération de France : la protection de la population algérienne). Soulignons que les responsables de cet appareil ont choisi de ≪ médiatiser ≫ l’événement pour mettre en valeur l’ampleur de la mobilisation et sensibiliser les membres de l’ONU sur le conflit en cours en montrant les violences de la police coloniale. Dans son choix, la fédération de France s’est certainement (mais très vaguement » inspirée du modèle indépendantiste indien d’actions non violentes . « Il y a beaucoup de causes pour lesquelles je suis prêt à mourir, mais aucune pour laquelle je serais prêt à tuer » a écrit Gandhi », l’interprétation de la pensée de ce grand homme était bien libérale...
    Sans diminuer l’ampleur des violences policières, il convient de constater qu’en dépit de leur virulence et de leur gravité, aucune femme et aucun enfant, pourtant délibérément placés en tête des cortèges, n’ont péri . En définitive, il est permis de considérer la manifestation du 17 octobre 1961 comme une manifestation pacifique sur la forme, mais pas sur le fond : il s’agissait, je le répète, d’une action de guerre subversive visant à occasionner la mort de quelques dizaines d’innocents sous les coups de la police afin d’en médiatiser l’événement. Et en 2011, c’est un succès médiatique complet. Félicitations !
    Madame, Monsieur, pour conclure ce billet un peu long, je tiens à souligner que face à un terrorisme qui s’affranchit des lois conventionnelles de la guerre, l’ État républicain doit en toutes circonstances veiller a la sûreté de ses citoyens, même si la violence est perpétrée contre et par une partie de la communauté nationale. Et pour remplir cette mission défensive régalienne, l’ État peut légitimement - lorsque ses intérêts vitaux et sa population sont menacés - s’affranchir momentanément des considérations morales susceptibles d’entraver son action. Dans ce conflit non déclaré, il est vrai, l’ État français s’est toujours efforcé de respecter l’éthique de la guerre (jus in bello). Je rappelle les grands principes normatifs qui régulent les conflits armés en Occident reposent essentiellement sur les concepts de guerre « défensive » et « juste » : La France, certes un pouvoir colonial (avec tous les aspects « positifs » et « négatifs » que cela comporte), ne faisait en droit que défendre son territoire national, n’est-ce pas une cause juste ? Si l’on jette notre regard sur d’autres conflits coloniaux, nous constatons des similitudes dans la lutte contre les menées jugées subversives : création d’un statut juridique de la population aspirant a s’émanciper, refus du statut de combattant aux militants nationalistes, création de formations spécialisées de recrutement local . Les procédés de contre-terrorisme et de contre-guérilla sont immuables et les responsabilités françaises sur ce point ont été clairement identifiées, mais pas totalement (par une écriture objective, il va sans dire) concernant celles du FLN.
    L’histoire a démontré que lorsqu’une structure clandestine et autoritaire prend le pouvoir sur un terreau politique vierge de toute expérience de la démocratie (exemple soviétique, mais pas seulement), elle se mue en un appareil étatique dictatorial. L’organisation des manifestations d’octobre 1961, au même titre que le déclenchement de la guerre civile algérienne est à considérer comme une des responsabilités majeures de la fédération de France du FLN. Sur ce sujet, la protection de la population qu’elle représentait – et volontairement mise sous les coups de la ≪ répression ≫ - n’était pas la préoccupation principale des dirigeants nationalistes. Cette mise au point est, selon moi, nécessaire pour une écriture ≪ apaisée ≫ de la guerre d’Algérie, écriture de préférence à confier à des historiens et non pas à des « messieurs Onuphre », ne confondant pas militantisme et Histoire. Historiens qui pourraient enfin travailler librement sur toutes les archives du FLN. Puisqu’il est questiond’un « massacre d’ État » et que des doutes subsistent sur les responsabilités algériennes, pourquoi ne pas constituer une équipe d’historiens français et algériens qui pourraient se pencher sur cette question, à partir de cette documentation ? Les boîtes d’archives de la préfecture de police sont rouges, de quelle couleur sont les cartons des archives de la fédération de France du FLN conservées en Algérie?
    Madame, Monsieur, je vous remercie d’avoir prie le temps de me lire. Bien à vous.

    Rémi Valat (23 octobre 2011)

    PS. Tous mes remerciements à Monsieur de La Bruyère si habile dans la description de l’hypocrite professionnel.
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    MessagePosté le: 28/10/2011 20:20:00    Sujet du message: Publicité

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