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    La faute de Shintaro Ishihara

     
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    Auteur Message
    Boileau419
    Chevalier

    Hors ligne

    Inscrit le: 03 Nov 2008
    Messages: 161
    Localisation: Pékin

    MessagePosté le: 16/03/2011 13:55:45    Sujet du message: La faute de Shintaro Ishihara Répondre en citant

    Le maire de Tokyo a commis une faute gravissime : il a osé déclarer, oubliant momentanément ses intérêts politiques bien compris en démocratie, que le séisme et le raz-de-marée sont « tenken » pour l’égoïsme éhonté de ses concitoyens. Comprenons que les dieux auraient puni ses concitoyens pour avoir violé le dharma, la loi morale universelle, en manquant surtout de civisme et de piété filiale. Comme la rectitude politique existe aussi au Japon, l’intelligentsia locale a poussé de hauts cris, forçant Shintaro Ishihara à se rétracter et à présenter des excuses en bonne et due forme.

    On avait observé, en Chine cette fois, une polémique assez similaire, quoique moins virulente, à propos des réactions de certaines victimes du tremblement de terre dans la province du Sichuan en 2008. Ces Sichuanais, fidèles au tempérament nonchalant et gouailleur qui est le propre des Chinois du Sud-Ouest, avaient eu l’audace de faire des plaisanteries, les unes fines, les autres moins, à propos du désastre—et de la mort qu’ils avaient frôlée. Le désespoir, la colère, tout sentiment purulent susceptible d’éclabousser les écrans et de secouer les téléspectateurs, tout déchaînement émotionnel cadrant avec la vision horrifique qu’a inévitablement de la mort et de la souffrance une société hédoniste, voilà le prêt-à-porter psychologique que l’on voulait forcer ces gens à endosser : pas question d’être « zen » face à la fin de tout.

    En parlant de « punition divine », notre maire, qui à bien des égards rappelle le primat de Belgique et ses allusions à la responsabilité des sidéens, a fait trembler l'un des piliers du Système : l'idée que l'homme est au-delà du bien et du mal et foncièrement irresponsable. Or, en sus de dire chez lui ce que non loin du Japon beaucoup murmurent avec des sourires en coin, cet homme subjugué un instant par son fond prélogique n’a fait que reprendre ce qu’enseignent avec compassion toutes les religions de l’humanité sans exception aucune. Que ce soit par la doctrine du karma, dominante au Japon à cause du bouddhisme, ou par celle du châtiment divin, propre aux religions révélées, tous les grands initiés ont toujours affirmé que le comportement moral des êtres humains influe directement sur celui de l’univers qui les entoure. Religion implique responsabilité. Relisons donc, pour nous en convaincre, l’histoire édifiante de Jonas.

    De toute évidence, le matérialisme athée, dans l’optique singulière et non démontrée qui est la sienne--celle d’une vie humaine exclusivement physique sans aucune espérance post-mortem--se croit le droit et même le devoir d’interdire ce qu’il prend pour une insupportable et coupable culpabilisation. Ce faisant, il ne fait pas qu’oublier la souffrance profonde qu’il inflige lui-même à l'humanité par le double culte qu'il lui impose de l'absurdité existentielle et de la démesure technique ; il ne fait pas qu’outrepasser les compétences de la science sur laquelle il croit s’appuyer mais qui en vérité n’a strictement rien à dire sur le pourquoi ultime des choses ; il ne fait pas que dramatiser de manière insoutenable une mort qui apparaît comme bien secondaire à des enseignements qui ont pour horizon l’éternité ou le devenir éternel de l’homme ; il viole aussi la conscience d’une majorité d’êtres humains--la plupart des Japonais ont des croyances religieuses--qui croient toujours aux explications de la religion, y puisent force et réconfort et trouvent le courroux d'un divinité qui s'intéresse à eux ou l'idée plus subtile d'une intrication de l'univers matériel et du coeur humain, vision holistique confirmée par les interprétations les plus audacieuses de la physique quantique, infiniment plus rassurants que le jeu aveugle d'atomes solitaires chutant et s'entrechoquant dans le vide en quoi se résout finalement la savante tectonique des plaques.

    Mais il y a plus grave : s’il n’est plus permis de dire en public que la puissance qui régit l’univers punit et avertit une humanité pécheresse par ces événements que les modernes appellent avec leur dogmatisme subtil mais très réel des calamités « naturelles », cela veut dire que les religions n’ont plus droit au chapitre et que les croyants non seulement doivent se taire mais sont coupables ! A quand, après les lois interdisant le racisme et le révisionnisme dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, une législation interdisant d’enseigner le karma et le péché, ainsi que leurs conséquences ? Mais que reste-il de la religion--et du salut qu’elle apporte--sans la notion de faute ou d’illusion ? S’il n’y a plus rien à dépasser ou à transformer, quid de la signification de la vie humaine ?

    Bien évidemment, si les religions tenaient encore leur place et annonçaient autre chose que des extases-minutes ou le père Noël—qui a remplacé largement le Dieu bon ET juste de la Bible dans l’Eglise catholique post-conciliaire--, on pourrait encore entendre les avertissements très clairs du Christ ou du Bouddha sur ce point. Mais les églises ont une peur aussi grande des réactions hargneuses de la pensée dominante que la classe politique. La question du sens ultime de la souffrance reste donc scellée. Et donc la possibilité de la transcender, sauf si l’on considère qu’après s’être gavé d’émotions négatives et avant de finir en pourriture chimique innommable, recommencer à produire et à consommer le plus possible soit une réponse.
    _________________
    Pour vaincre dans le combat, il faut du courage plus que de la courtoisie.
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    MessagePosté le: 16/03/2011 13:55:45    Sujet du message: Publicité

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    Petit Gaulois
    Administrateur

    Hors ligne

    Inscrit le: 16 Jan 2007
    Messages: 6 359

    MessagePosté le: 16/03/2011 18:07:03    Sujet du message: La faute de Shintaro Ishihara Répondre en citant

    L'évéque d'Hiroshima avait fait un prèche du même genre après l'élimination de la ville durant la seconde guerre. Cela avait choqué une partie du public aussi.
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    MessagePosté le: 18/10/2017 01:57:22    Sujet du message: La faute de Shintaro Ishihara

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