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    Le triomphe du canul’art

     
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    Petit Gaulois
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    Inscrit le: 16 Jan 2007
    Messages: 6 359

    MessagePosté le: 10/10/2010 11:30:42    Sujet du message: Le triomphe du canul’art Répondre en citant

    Citation:
    Les anciennes “avant-gardes” sont devenues l’art officiel de notre époque, laïque et obligatoire à défaut d’être gratuit. Pourtant, l’art contemporain n’a jamais été aussi creux et désespérant.

    Shuhei Hirayama n'a décidément pas de chance : il y a deux ans, la fête que ce cadre moyen de Kyoto avait promise à sa famille en lui offrant une journée à Versailles avait été gâchée par Jeff Koons (voir Valeurs actuelles du 17 juillet 2008) : en lieu et place des splendeurs intactes de la monarchie française, son regard avait été heurté, tout au long du palais royal, par un invraisemblable bestiaire bariolé, tout juste digne de Disneyland. Ne s’avouant pas vaincu, et croyant dur comme fer aux promesses de Jean-Jacques Aillagon, président de l’Établissement public de Versailles, selon lesquelles ce type de télescopage avait vocation à rester exceptionnel, Shuhei a remis le couvert cette année : c’est pour être poursuivi jusque dans le château de Louis XIV par les figurines manga de son compatriote Takashi Murakami, aussi infantiles, disgracieuses et déplacées que les animaux gonflables de Koons.

    Bien sûr, l’exposition, qui parasite le château jusqu’au 12 décembre, a suscité la polémique – deux collectifs, “Versailles mon amour” et “Non aux mangas”, ont réuni à eux deux une dizaine de milliers de signatures. Opposition balayée d’un revers de main négligent par Jean-Jacques Aillagon, arguant qu’on n’aurait pas le droit de critiquer une exposition qui n’a pas encore ouvert ses portes (à ce compte-là, devra-t-on attendre de subir son discours de réception pour estimer que Marc Levy n’a rien à faire à l’Académie française ?), ou que ses détracteurs seraient animés par des nostalgies politiques inavouables.

    Argument qui a mis en fureur notre collaborateur Philippe Tesson, qui répliquait le 9 septembre dans la Croix : « Lui fait-on, à lui, procès d’appartenance à la gauche progressiste ou libertaire, aux mafias affairistes, aux chapelles conformistes ou à la bourgeoisie défroquée, milieux auprès desquels il trouve volens nolens ses meilleurs soutiens ? Notre divorce n’est pas médiocrement politique, il touche au fond d'un problème culturel et artistique" estimait-il pour conclure à propos de M. Aillagon : "Puisse-t-il cesser de nous faire prendre la vessie de la mode pour la lanterne de la culture. »

    N’en déplaise à ceux qui en vivent, le débat sur l’art contemporain est bien rouvert, comme le montre le réquisitoire publié cet été dans Courrier international par le critique britannique Ben Lewis. « N’en avez-vous pas assez des ready-made, des inévitables tas de charbon, pots cassés et autres chiffons froissés contre un mur ? », s’indignait pour sa part Luc Ferry (lire notre entretien page 15) dans une tribune intitulée « L’art contemporain est-il nul ? » (le Figaro du 29 juillet). Trop de provocations éculées, de bric-à-brac prétentieux, d’infantilismes régressifs ont fini par lasser les observateurs les plus bienveillants. La rétrospective Arman, au Centre Pompidou à partir du 22 septembre, affiche comme oeuvre emblématique une chaise calcinée surmontant un bout de ressort broyé ; au Grand Palais, début 2010, Christian Boltanski exposait un tas de vieux vêtements, installation dont le nom était Personnes… « L’oeuvre, nous disait-on, engage une réflexion sociale, religieuse et humaine sur la vie, la mémoire, la singularité irréductible de chaque existence, mais aussi la présence de la mort, la déshumanisation des corps, le hasard de la destinée. »
    Car, ce qui frappe le plus dans l’art contemporain, c’est ce décalage permanent entre la pauvreté du geste et la suffisance du discours. Commentant l’édition 1997 de Documenta, une manifestation d’art contemporain qui se tient à Cassel, en Allemagne, le critique d’art Jean Clair note dans son livre la Responsabilité de l’artiste (Gallimard) : « La vacuité du contenu, la vulgarité et la sottise de la plupart des objets présentés étaient moins choquantes que, dans le catalogue, l’appareil conceptuel qui prétendait en justifier la présence. » Pas un amas de vieilles planches pourries, pas un flacon d’urines, pas un épouvantail en fil de fer qui ne prétende “repenser notre rapport au monde” : tout se passe comme si l’art contemporain avait pour obligation de masquer son vide derrière des concepts d’autant plus péremptoires qu’ils demeurent dans un flou qui est souvent la seule chose que cette production ait encore d’artistique.

    Jean-Louis Harouel a parfaitement décrit le phénomène dans la Grande Falsification (éditions Jean-Cyrille Godefroy) : né au début du XXe siècle de la crise de l’art de peindre, remis en question par l’émergence de la photographie, l’art contemporain s’est aussitôt cherché des alibis théoriques à sa « fuite hors de l’art », qu’il a camouflée en révolution. Puisant des arguments dans la philosophie allemande, la littérature gnostique et ésotérique, il s’est forgé le dogme d’un artiste-démiurge, seul « apte à capter les forces profondes et mystérieuses du monde ». Ayant rompu avec le beau et la tradition picturale, l’oeuvre n’est plus appréciable de l’extérieur : seule compte la fidélité de l’artiste à sa vision intérieure, dont il est seul juge. « Il ne subsiste plus rien de l’art sinon l’artiste », écrit le critique américain Harold Rosenberg.

    Dès lors, l’artiste est condamné à une course à l’originalité, qui seule atteste la singularité de sa vision. À la suite de Kandinsky (Du spirituel dans l’art), l’artiste contemporain proclame sa « liberté totalement illimitée […] dans le choix de ses moyens » : maître absolu des voies comme des fins, il devient un tyran du goût, irresponsable et incritiquable, qui tétanise le jugement du public par une sacralisation de sa personne et de son art. Le snobisme aidant, qui valorise tout ce qui « paraîtra incompréhensible au commun des mortels » (note Frédéric Rouvillois dans son Histoire du snobisme, Flammarion), l’onction d’un seul grand mécène suffit à lancer un artiste, faisant instantanément démarrer une cote devenue le seul critère de qualité, le relativisme esthétique ayant rendu tout jugement de valeur impossible : comme le notait dans les années 1950 le critique Dwight MacDonald à propos du mécénat de Rockfeller : « Peu d’Américains sont prêts à discuter avec 100 millions de dollars. » Peu de Français non plus, si l’on en juge à la façon dont les choix d’un François Pinault, par exemple, exercent une sorte de magistère public… Il est aujourd’hui moins question d’oeuvres que de produits savamment “marketés” et vendus, dans des stratégies où pouvoirs publics et financiers se donnent la main pour imposer au public leurs lubies du moment.

    Ce contexte favorise évidemment les as du marketing, aptes à résumer leur “art” à quelques trucs faciles à retenir. Peu suspect d’hostilité à l’art contemporain, le critique du Monde Philippe Dagen l’explique dans un article intitulé «L’art entre provocation et cynisme » (le Monde du 1er novembre 2008) : le marché est aujourd’hui dominé par des artistes (Damien Hirst en est l’archétype) qui proposent un art « très simple de compréhension et supposé très violent, rien de plus » ; art caractérisé par « la pauvreté d’idées, la littéralité des formes et l’absence de toute invention ». Car la recherche de l’originalité à tout prix se marie volontiers avec l’infinie répétition : ainsi Jeff Koons en est encore, un siècle après Duchamp et cinquante ans après Warhol, à essayer « de comprendre pourquoi et comment des produits de consommation peuvent être glorifiés »…

    Le plus formidable tour de force de l’art contemporain ayant été de discréditer tout ce qui n’est pas lui, jusqu’à prétendre être le seul art de son temps, évinçant tous ceux qui ont prétendu conserver un lien avec la tradition, persévérer dans l’effort mil lénaire de transfigurer le réel, peu à peu marginalisés, ringardisés, exclus des commandes publiques. Que l’on résume d’ailleurs aujourd’hui sous le vocable “art contemporain” ce qu’on appelait naguère “avant-garde” témoigne de cette victoire. À l’heure où Piero Manzoni n’a qu’à mettre en boîte sa Merda d’artista pour faire fortune, il faut d’ailleurs avoir des vertus héroïques pour vouloir encore, contre vents et marées, bâtir une oeuvre véritable…

    Car l’art contemporain est devenu un art officiel. «Peu d’États comme la France auront consacré autant de moyens à “promouvoir” l’art “contemporain », écrit Jean Clair dans la Responsabilité de l’artiste, qualifiant joliment cet art de « savonnette à vilain ». Pour autant, pour que sa condition d’art officiel n’apparaisse pas comme un reniement, il doit continuer à paraître un art transgressif. D’où une surenchère dans la volonté de choquer, dénoncée par le grand collectionneur Michel David-Weill dans Libération (6 janvier 2009) : «On privilégie le choc, dit-il, afin d’obtenir une réaction d’un spectateur saturé » : « L’affadissement du goût et le besoin concomitant de repousser sans cesse les limites sont autant de signes de basse époque : il ne suffit pas de courses de chars, il faut faire dévorer les chrétiens par les lions.» Cette nécessité d’en rajouter toujours dans la transgression explique la recrudescence de l’art sacrilège ou scatologique. Jean Clair a consacré un brillant essai, De Immundo (éditions Galilée), à cette «catégorie privilégiée de l’art d’aujourd’hui » : « Jamais l’oeuvre d’art n’a été aussi cynique et n’a autant aimé frôler la scatologie, la souillure et l’ordure. Jamais non plus […] cette oeuvre n’aura été aussi chérie des institutions. […] Tout un establishment du goût paraît applaudir à cet art de l’abjection », révéré comme autant d’adorables reliques. Or, dit Jean Clair, « l’indifférence établie du sacré et du sacrilège est le plus court chemin vers la barbarie ».

    Cet “art de l’abjection” et sa fascination nihi liste nous indiquent que, malgré le visage souriant de “l’art contemporien” de Murakami et de Koons, c’est beaucoup plus qu’un simple “fumisme” qui est en jeu dans la crise actuelle, qu’on pourrait se contenter de négliger d’un haussement d’épaule. L’art qui ne cherche plus la trace du divin dans le réel, mais abaisse celui-ci en un constant éloge de la mort, de la corruption, de la violence ou du rien, trahit magistralement sa mission. Si celle-ci était bien, comme l’énonçait Kandinsky, de fournir « le pain quotidien de l’âme », alors il faut bien constater que l’âme contemporaine meurt de faim. « Derrière tout mon dégoût et toute ma lassitude se cache une idée très ancienne et très fondée, écrivait Hermann Broch, l’idée Si nous voulons sortir de notre “basse époque”, il n’y a rien de plus urgent sans doute que de retrouver l’essentiel que tant de gens tiennent aujourd’hui pour accessoire : le sens du beau, ce beau qui est la splendeur du vrai.

    Laurent Dandrieu


    http://www.valeursactuelles.com/dossier-d039actualité/dossier-d039actualité…
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    MessagePosté le: 10/10/2010 11:30:42    Sujet du message: Publicité

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