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    Avida Dali

     
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    Auteur Message
    Philippe Nollet
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    Inscrit le: 14 Avr 2009
    Messages: 6

    MessagePosté le: 05/05/2009 09:39:52    Sujet du message: Avida Dali Répondre en citant




    C’est la première toile à m’avoir, à ce point, ébranlé l’âme et le reste. Qu’elle ne soit pas une œuvre dite « majeure » de son auteur – Salvador Dali bien sûr (1904-1989) – n’est pas pour me déplaire. Que son titre, décliné en une interminable litanie de quelques trente-quatre mots apparemment (apparemment seulement) sans queue ni tête (« Dali à l’âge de six ans quand il croyait être une jeune fille en train de soulever la peau de l’eau pour voir un chien endormi à l’ombre de la mer »), ajoute encore une pincée d’étrange et de rareté, parachève l’imprégnation. C’est ça aussi Dali : un peintre doté d’un potentiel illimité créant – comme par succession de couches surexposées, en un mille-feuilles à tiroirs d’une précision au laser – des pensées obsédantes qui tournent chacune à l’idée fixe.

    On aura beau jeu d’affirmer que Dali exprime dans son travail ses obsessions inconscientes : qui fait quoi d’autre ? En l’occurrence, ce n’est pas le style qui fait l’homme, mais la glaise intime de l’homme qui fait (et parfois défait, contrefait, surfait) le style de chaque peintre. Mais la faramineuse puissance suggestive de Dali, à souligner d’un marker rouge, surtout dans sa période faste (1929-1938), se met ici en sourdine, volontairement en demi-teinte, et c’est bien en cela qu’elle fascine : très bien dessinée, peinte moyennement, mais sous sa fadeur quasi pastel couvent toutes les images oniriques de l’homme « vu du dedans », la force absconse des rêves retranscrits tels quels, sans être passés au tamis (même « intellectuel ») d’usages et de conventions quelconques, les métamorphoses brutes (et brutales) du désir, la naissance de la libido chez l’enfant, l’animalité sous-jacente.

    Créer des images dans l’image, quelle que soit la forme qu’elles puissent prendre sous des dehors abstraits ou académiques, religieusement exaltés ou froidement théoriques (la fameuse « activité paranoïaque critique »), voilà le credo et le grand génie du Moustachu Divin : qu’il soit ici étouffé sciemment par le grain vaporeux de sa touche arrondit en quelque sorte le cercle de la création, boucle la boucle de la plénitude pas niaise ni convenue, complète le tableau en soudant le globe terrestre symbolique que représente chaque toile menée à son terme.

    Même en regardant distraitement, on s’aperçoit au premier coup d’œil d’une chose, constituée de plusieurs autres : les objets (sujets) et les êtres, humain ou chien, sont résolument, définitivement et incurablement hors de l’espace proprement dit, comme s’ils lui étaient parfaitement étrangers, voire hostiles envers lui et vice-versa : la matière perd de sa matérialité – comme dissoute – pour prendre ensuite, dans un second temps presque consécutif, toute sa spiritualité : Dali disait lui-même que, de la sorte, il « parvenait à créer l’énergie ».

    Bien sûr qu’une chaise est parfois plus vivante que certains êtres humains, guère besoin d’étayer plus avant ce théorème de base : l’objet est une entité qui vit, évidemment, ne serait-ce que par l’énergie qu’elle porte en elle, et irradie par faisceaux dans l’espace, toute la densité matérielle qu’elle renferme, dans ce cocktail curieux qui fait basculer toutes perspectives et toutes les données morales qu’on opposerait – en vain, toujours – au projet purement artistique, et qui doit – pour bien faire – le rester.

    Chargées de symbolique sexuelle, toutes les facettes de « Dali à six ans (etc) » le sont : les glandes et la semence, plus une certaine divinité, tout ce qui échappe au militantisme touristico-culturel, notamment surréaliste, qui lui hérissait le poil. Si le Dimanche est le jour du Seigneur, toutes les toiles de Dali sont des dimanches, pâteux et blancs comme du sperme (on se prend même à rêver d’un blanc plus poisseux que le pire rouge, qui est aussi le meilleur : celui qui monte aux joues des filles).

    Il y a ce nœud aussi : Dieu préoccupait moins Dali que le Christ. Ils en sont tous là, Rimbaud, Massignon, Renan, Nabe, tous happés-fascinés-tourneboulés par la figure du fils. Qu’y a-t-il au-delà de la peinture de Dali ? Le Christ. Le Christ qui inaugure toute chose, le Christ enfant de six ans ou chien sous une nappe bleue de mer soulevée du bout des doigts, partout présent et en toutes choses à la fois. En art, dès qu’on s’exprime, on parle du Christ ou au Christ. Parfois les deux. Pourquoi Dali s’y serait-il soustrait, et comment en aurait-il pu faire l’économie ? Comment aurait-il pu y échapper ?

    _________________
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    MessagePosté le: 05/05/2009 09:39:52    Sujet du message: Publicité

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