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    Le fils du Grec et le Saint-Esprit

     
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    Philippe Nollet
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    Inscrit le: 14 Avr 2009
    Messages: 6

    MessagePosté le: 18/04/2009 09:49:31    Sujet du message: Le fils du Grec et le Saint-Esprit Répondre en citant

    Chez Le Greco, tout est filiforme et flottant, pourquoi pas le Christ ? Même « chassant les marchands du Temple », sujet de la toile qui m’amène ici, Jésus s’allonge presque démesurément au centre du décor, fildeférique et flexueux dans sa longue tunique pourpre et son long manteau turquoise.

    Pour ainsi dire délesté de sa propre masse corporelle, Jésus fait chamallow sur le feu, ombre ondulante au sein même d’un fracas de bazar : on dirait que, par le truchement de touches étirées, Sa Majesté s’échappe par le Siphon Divin, dans la grande baignoire théologique des siècles.

    Comme l’histoire personnelle du Greco, celle d’un dévot acharné, et d’une nation (l’Espagne) éprise de sensations mystiques, l’histoire de « Jésus chasse les marchands du temple », comme celle aussi de « Jésus au jardin de Gethsémani » est celle d’une vision, presque d’un parti pris :

    Au milieu, comme prévu, Jésus dresse une badine épaisse, pas vraiment un fouet, pour faire fuir du temple marchands et changeurs. Ça barde, mais plus encore qu’on pourrait le croire : les marchands se carapatent dans une translation droite-gauche particulièrement bien vue : il y a un maximum de groove là-dedans, ça voltige en roulis de grande calligraphie radieuse.

    En fait, toutes les couleurs – mais fades, en demi-teinte trompeuse, effacées comme on n’en fait plus – montent par vagues, oscillatoires, pas pressées, enroulant calmement leurs rouleaux successifs dans les plissements de tissu, leurs fleurs léchées par l’extrémité du pinceau autour de l’Agneau central.

    L’arrière-fond (j’allais dire « l’arrière-cour ») du décor est basique à souhait : giclures vives des vêtements qui jaillissent, sur tapis de bleus grisonnants et neutres. Sur la gauche, Adam et Eve en bas-relief, chassés en tandem maudit, dans l’écoute cyclopéenne de leur propre perdition… à droite, on ne sait pas trop : un mufle bovin à barbe blanche criblé de taches, fondu dans l’ondulation houleuse des formes…

    Comment Le Greco traite la lumière, c’est ce qui interpelle tout de suite. Le temple est objectivement – et sciemment – plongé dans la pénombre, or (c’est le cas de le dire) une étincelante luminosité nimbe tous les acteurs de la scène, et plus précisément – noblesse oblige – Jésus soi-même. Lui, échalas princier aux contours brouillés, semble ralentir ses mouvements jusqu’à l’immobilité, frappant – mais surtout de stupeur affligée – les scribes et les monnayeurs, boursicoteurs au petit pied et usuriers de la crédulité des juifs, toutes ces fripouilles sûres de leur bon droit qu’Il dégobillait. Tout est sens dessus dessous, mais il en reste un dans un coin qui essaie de grappiller son reste, profitant de la confusion générale en pillard pas piqué des hannetons, on en trouve parfois quelques-uns sur notre route, des comme ça, on les reconnaît assez vite.

    Mystique et extatique, Le Greco peint pour signifier la transcendance. Sans sa touche pénétrante et aérienne à la fois, certains participants de cette scène ne seraient que de petits bibendums grassouillets : ils ont là des silhouettes squelettiques d’ascèse forcée. Les ventripotents gagnent en hauteur et perdent en largeur, aussi hideux mais hérissés, mouchetés de petites teintes légères : des lamentos parcimonieux d’huile jetée sur le feu. Peut-être entrevoit-on ici le mystère de la sainteté et de la transformation, cette térébrante extase.

    Mais surtout, regardons les regards. A part Jésus, ils observent presque tous le ciel. Dans ce grouillis monumental de gueules révulsées, aucun ne zieute le fauteur de troubles, mais la hauteur et la splendeur des cieux. Un rai d’azur fuse là-haut, mais c’est plus que le ciel qu’ils lorgnent, quelque chose qui les dépasse et les bouleverse à la fois, quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes (croient-ils). Pour un peu, on frissonnerait devant cette frondaison de muscles et de rictus tendus, leurs nervures crispées dirigées vers Lui. Même le tombé des étoffes se fait tremblant. Tous ont peur et s’échinent à combler le néant creusé par cette peur.

    Que regardent-ils en somme sinon la présence imminente, dans le verbe soudain ulcéré du Christ, du Père qui arme son bras ? Poser la question, c’est déjà en partie y répondre : peut-être bien pas grand-chose. Mais sait-on jamais…


    _________________
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    MessagePosté le: 18/04/2009 09:49:31    Sujet du message: Publicité

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