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    La Vierge de Messina

     
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    Auteur Message
    Philippe Nollet
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    Inscrit le: 14 Avr 2009
    Messages: 6

    MessagePosté le: 17/04/2009 11:18:21    Sujet du message: La Vierge de Messina Répondre en citant

    On évoque toujours, à propos de Messina, Le Condottiere, mais je trouve celui-ci beaucoup plus pompier et rentre-dedans, tellement surfait. La Vierge de l’Annonciation est beaucoup plus fluide et lumineuse : Messina injecte non seulement de la luminosité, mais aussi de la lumière jusque dans ses cobalts les plus sombres et son noir à relief épaissi par la brosse, à petits coups secs répétés comme on tamponne un front fiévreux.

    Messina peint cette toile après un séjour en Flandres où, au contact de Van Eyck – on a connu pire comme voisinage – il parfait sa connaissance de l’huile : ça lui donne toute la concision voulue – avant-gardiste si l’on veut – pour éclairer la toile, celui qui la regarde, et même tout ce qui se trouve inopinément à son contact : le visage est une splendeur d’affectation attendrie, d’alanguissement suave et même une ombre brune biffant la joue gauche ne parvient pas à en durcir les traits : l’autre joue rayonne en soleil ocre, et la main droite invite à la circonspection autant qu’au pardon, tandis qu’autour un éboulis bleu-mauve froisse des replis charnus de lin.

    Le livre posé sur un pupitre, dont deux pages restent en suspension – encore un mouvement arrêté – est très exactement comme le visage : ouvert et fermé à la fois. On pourrait dire que la Vierge est surprise en train de lire : une main dissuade toute tentative de rapprochement, l’autre réunit discrètement les pans de sa tunique, d’où n’émerge que l’ovale inégalable, voire insoutenable physiquement, du visage. On pourrait croire que ce qui se passe à cet instant-là, de purement narratif donc, ne provient que du scrutateur ébahi. Qu’on ne s’y trompe pas : tout en Marie est intérieur, de la réserve sur laquelle elle est campée au noir éblouissant d’un fond qui n’a rien à voir avec les ténèbres, et tout à la plénitude, au contraire.

    Le regard est pensif, la carnation de l’épiderme dénote un grand calme, et même les pages du livre, à peine mobiles, invitent à la sérénité : mais la Vierge s’est troublée un court instant. Les yeux sont à demi baissés, en parfaite connaissance de cause, elle ajuste pudiquement son voile – rien de tel, justement, pour appuyer là où ça fait mal au niveau du plexus solaire – et les doigts de la main droite qui se séparent peaufinent une sorte de coup d’arrêt qui est aussi un renoncement : « je veux et je ne veux pas », voilà ce que nous dit amoureusement cette toile.

    C’est bluffant cette Annonciation, privée – du moins pourrait-on le croire au premier abord – de la présence de l’ange Gabriel : il n’y a pas d’apparition à proprement parler mais sa représentation différée en est, en fait, toute la trame condensée, le nœud bouillant de l’affaire : on est en pleine présence de l’autre, dans le vide même qui nous est soumis là consciemment et volontairement.

    On nous a raconté tant de bêtises sur ce tableau, dont une surtout, de taille : selon la volonté du peintre, celui qui observe cette Vierge au pupitre deviendrait, au moins pendant sa contemplation émue et attentive, l’ange Gabriel lui-même venu annoncer la Nouvelle. Ce serait une ficelle, un gimmick pour nous mettre niaisement « à sa place ». Erreur fatale. Tout prouve au contraire que Gabriel n’est pas face à, mais en Marie. Psychologiquement, c’est la seule explication qui peut tenir la route, en mettant bout à bout toutes les informations que Messina consent à nous lancer : la surprise, mais jugulée, la peur, mais parfaitement maîtrisée, la sensualité affleurant par tous les pores du visage, l’acceptation la plus voluptueuse qui soit, l’allégresse sourde et l’impatience qui n’en finissent pas de bouillir sous la quiétude apparente.

    Enfin une croûte qui ne symbolise pas Marie, où on n’en fait pas un personnage : ça ne sent pas la sacristie, chez Messina, mais l’être humain vivant. Il faut même avoir l’esprit bien au-dessus de la ceinture pour ne pas succomber dans un suprême looping.

    C’est une de ses dernières compositions : de celles plutôt dures à digérer – comment se surpasser encore, ensuite ? D’une certaine manière, ça ouvre sur Le Caravage, ses baroqueries absconses en clair-obscur, son réalisme échevelé, et même sa théâtralité, ici contenue bien sûr, étouffée par la puissance de rétractation du trait.

    Il y a la Vierge en pleurs et la Vierge en sourire. Celle de Messina est dans l’interstice qui sépare le flegme du sourire. C’est dans cette fente infime (intime) qu’il creuse sa singularité. Les peintres, d’ordinaire, nous transmettent par le biais de Marie ce qu’ils ont à nous dire sur le monde (Bellini, Van Cleve, Le Nain, Guido Reni, Raphaël, Mabuse, Le Tintoret, Tiepolo, des plus célèbres aux plus obscurs, on peut tous les prendre un par un). Messina, ici, nous transmet ce que Marie elle-même avait à dire sur nous. Voilà la mère du fils de Dieu telle qu’en elle-même : sagesse divine et recueillement, chair humaine et sensualité muselée : comme si Marie différait éternellement le moment de notre jouissance, l’étranglant à chaque fois à l’instant fatidique. Et on se dit qu’il n’y a qu’elle, après Jésus, qu’on accepterait de suivre n’importe où.

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    MessagePosté le: 17/04/2009 11:18:21    Sujet du message: Publicité

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    Roland
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    Inscrit le: 17 Nov 2007
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    MessagePosté le: 17/04/2009 12:11:40    Sujet du message: La Vierge de Messina Répondre en citant

    C'est mieux avec des images.


    La Vierge d'Antonello da Messina


    Son Condottiere

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    Philippe Nollet
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    Inscrit le: 14 Avr 2009
    Messages: 6

    MessagePosté le: 17/04/2009 12:53:51    Sujet du message: La Vierge de Messina Répondre en citant

    ah merci (sur mon blog elles y sont, c'est pour ça)


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    Roland
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    MessagePosté le: 17/04/2009 12:57:53    Sujet du message: La Vierge de Messina Répondre en citant

    Il faudrait alors faire un renvoi vers votre blog.
    On ne pense pas forcément à aller cliquer sur votre nom. Il serait plus pertinent de la mettre alors dans votre signature.

    Toutefois, c'est toujours mieux d'avoir l'image en regard du texte.
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    Roland
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    MessagePosté le: 17/04/2009 13:09:49    Sujet du message: La Vierge de Messina Répondre en citant

    je suis surpris par le qualificatif "pompier" que vous accolez au Condottiere.
    On ne peut pas vraiment dire cela à mon avis.

    Pour le reste, j'ajouterais seulement qu'elle est surtout suspendue dans ses pensées ou sa méditation.
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    MessagePosté le: 18/04/2009 03:46:21    Sujet du message: La Vierge de Messina Répondre en citant

    je trouve que le Condottiere à quelque chose de plus humain, proche de la perfection quant au réalisme, c'est la vie, celle
    qui s'inscrit dans le monde exprimée par le peintre, la Vierge étant, elle, plus intemporelle, à la manière d'une icône qui nous parle du ciel.
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    MessagePosté le: 20/01/2017 16:01:40    Sujet du message: La Vierge de Messina

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