Le Forum Courtois Index du Forum Le Forum Courtois
pour discuter autour de Radio Courtoisie
 
 S’enregistrerS’enregistrer 
 FAQFAQ    RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   ProfilProfil  ConnexionConnexion 
PortailBlogue Radio Courtoisie PortailSite Radio Courtoisie
  • Grille générale des programmes : Semaines A  Semaines B  Semaines C  Semaines D
  • Ecouter Radio Courtoisie Ecoutez Radio Courtoisie

    Voltigeur auxiliaire

     
    Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Le Forum Courtois Index du Forum -> Discussions générales -> Actualité, société
    Sujet précédent :: Sujet suivant  
    Auteur Message
    Philippe Nollet
    Membres de pleins droits du forum

    Hors ligne

    Inscrit le: 14 Avr 2009
    Messages: 6

    MessagePosté le: 14/04/2009 19:30:44    Sujet du message: Voltigeur auxiliaire Répondre en citant

    La vanité et l'arrogance de certains me consterne, sans toutefois me surprendre : ces merveilles de laideur, grabats de déjections, qui jaillissent de l'écran de télévision, ces irresponsables cons maquillés à la truelle, journalièrement vulgaires – talk-shows du milieu de l'après-midi immondes, dangereuse pédagogie de la rognure journalistique – chancres mous du foie de veau merdiatique, mouchards sans aucun talent, notamment inhabiles à extirper ne serait-ce qu'une infinitésimale mesure de sens de leur lamentable camelote. Je hais et je vomis cette race d'animateurs qui flattent les facultés affectives du « public » dans le sens du poil le plus gras – cette partouze émotionnelle, cette obscénité absolue de l'humus social traîné dans sa boue, changé en fleuve d'immondices. Regardez-le, ce troupeau de boutiquiers – leur haine nettement mise à jour, dardée sans pitié sur nos berceaux d'enfants tarés, à jamais coupés de leurs mères...

    Coup de sang, oui. Mais je ne jouis pas d'en baver, et je ne me fais pas non plus un plaisir de jouer les martyrs – cet épitomé fabuleux de toutes les flagellations dirigées contre soi-même : ah, être victime, dans un narcissisme élégamment tramé, toile tentaculaire que rien, à l'intérieur ni à l'extérieur, ne pourrait désenlacer ! On a l'impression d'être à l'envers dans le temps. De tout foirer jusque dans les globules. Car ça bout dans les artères bien sûr, c'est de la trépidation organique pure, des cataractes de détestation : remontées expiatrices de bile mal ravalée, autant passer à autre chose direz-vous, n'avoir en tête que tout ce qui vivra bien un jour éternellement : l'inéluctable, l'incoercible, ce petit creux de silence et d'oubli... Non.

    Plus tard, vers 19 heures. Je baigne dans la sérénité sédative des médicaments. Ça plane et du coup je suis comme soulagé de toute corrosive préoccupation, évidemment ça durera ce que ça durera. Dans ce brouillard, cette écume, ton amour à toi m'est plus qu'un répit ou une chance. Tu es, comment dire, celle auprès de qui tout redevient naissance. Rien d'autre ne pourrait raisonnablement compter pour moi. Je viens d'avoir une conversation au téléphone avec ma mère, si on peut appeler ça une conversation, la mother collectant les derniers scoops sans intérêt me concernant et moi, plutôt zen sous l'apparente fébrilité d'usage, répondant à ses questions par de presque inaudibles monosyllabes qu'on pourrait croire laborieusement ratissées à la pelle dans le sable spongieux. Un vrai bonheur. Deux litanies monologuées chiantes à mourir. L'exploration émerveillée de tous les possibles de la discussion humaine, réunis en un seul.

    Tout me revenait en boomerang, grâce à la mère : je me moquais complètement – et c'était fâcheux – d'un illusoire devenir littéraire, j'avais la plus incorruptible – mais dommageable – horreur, désormais insurpassable, de tout compromis intelligent, je ne voyais pas assez dans mon passé ni dans mon futur de quoi surnager dans ce panier de crabes où, me disait-on, nul n'était disposé à me faire de cadeaux, il fallait que je sois bien sûr de ça et me l'enfonce profond dans le crâne. Voilà, entre autres, tout ce qu'elle m'a laconiquement lâché – cette voix, quand même, toujours un peu trop haut perchée – avec la certitude résignée de s'adresser à un mur – et moi, de compromettre mes chances auprès d'elle, par mes réponses mollassonnes, de la convaincre de quoi que ce soit de sûr et de durable. Je m'invente souvent des histoires : mon «passe-temps», comme elle dit (elle veut parler de l'écriture) «y est un peu pour quelque chose».

    J'aime pas trop les histoires. C'est ce qui ne m'intéresse qu'en ultime recours, dans les livres, vraiment à la fin de tout. Qui met au premier plan les histoires chez Bloy, Céline ou Nabe, et même Stendhal ou Proust, ces concasseurs de langue charriant des mondes plutôt que des feuilletons ? Dumas, Anatole France, Th. Gautier – les D'Ormesson de leur temps : quel ennui. Cachetonneurs de la romance montée en épingle, tous accoucheurs de souris déguisées en montagnes, chiropracteurs du sans aucune épaisseur, grands architectes de la merde laborieusement moulée, taillée dans le bronze fondu, atroces détritus aujourd'hui poussiéreux – l'ayant toujours été, en fait – absolu despotisme de la forme sur le fond : le bon goût rance à la française, hideuse bêtise noirement crasse, de bout en bout, faussement mise en branle par des tours de passe-passe sans relief, de page en page, vomissures après vomissures...

    A côté de ça j'ai relu ce week-end, entre deux prélèvements de mon oxygène au CHR de Lille, échangé contre une sorte de substance gazeuse à l'odeur mentholée, « Le désespéré » de Léon Bloy. Là où, sous les amas de ronces rhétoriques, finit toujours par se dresser, au détour d'un chapitre, des splendeurs frappées de stupeur et de sens pur : un puits d'intuition, l'arcade orgueilleuse d'une métaphore, le trèfle asséché porte-bonheur d'une contraction prodigieusement bien vue, tout le logis de l'érudition cohérente, le fouillis et le clair-obscur des doutes bravement levés, les pierres effondrées – mais rugissantes encore – d'une syntaxe bombée par la mémoire, tous les signes à vif de l'identité humaine crachée sur le papier comme une paire d'amygdales. Alors je vais citer, comme j'aime tant le faire : «Le pauvre homme stérilisait ses raclées en ne les faisant jamais suivre d'aucun retour de tendresse qui en eût intellectualisé la cuisson.». Tout le contraire de mon père, en somme. «La déliquescente psychologie littéraire de cette fin de siècle n'acceptera pas non plus que d'aussi peu perverses prémisses puissent jamais engendrer une concluante délectation esthétique.» (à transposer en 2007 of course). Arrivé là, je pense à la tête de Bloy, boursouflée et léonine, ses immenses moustaches d'imprécateur zinzin, grimace hideuse d'une infinie beauté, transfigurée de terreur et de joie, de haine et d'amour mélangés, de foi mystique et d'éructations extatiques. Bon, c'est un livre à lire accompagné d'un dictionnaire (et encore, d'un dictionnaire qui accepte les mots rares et précieux, pas le premier Larousse venu) : «Ses yeux étaient perpétuellement dardants et perscrutateurs, comme ceux d'un pygargue en chasse ou d'un loup-cervier» (au hasard). Un bon sens inacceptable dans notre ère d'épiciers épris de «communication» : «Il savait d'avance combien la solitude est nécessaire aux hommes qui veulent vivre plus ou moins de la vie divine. Dieu est le grand Solitaire qui ne parle qu'aux solitaires.». Des poussées prophétiques séminales : «L'armée des petites ouvrières déambulait à la conquête du monde, la tête vide, le teint chimique, l'œil poché des douteuses nuits, brimbalant avec fierté de cet arrière-train autoclave où s'accomplissent, comme dans leur vrai cerveau, les rudimentaires opérations de leur intellect.». Bon, c'est toujours un peu redondant, comme tout génie qui encombre, lyrique, proliférant, jusqu'à l'architecture en spirales qui échafaude le tout. Mais quelle ambition formelle, quelle profondeur métaphysique, quelle anachronique – dans nos temps de ce «oui» généralisé vicieux – négation sublime de tout ce qui n'est pas humain, vivant, témoignage de l'abîme des êtres – le travail physique du verbe sur le corps – et de la beauté du monde, de sa dangerosité aussi, de l'enfance qui sait que tout est provisoire, Dieu merci. Et, comme dit l'autre, « Dans quelle joie désormais irons-nous pleurer ? » (Jean-Michel Maulpoix, autre citation).



    (2007)

    _________________
    "Aimez-vous les uns les autres/et foutez-moi la paix".
    Revenir en haut
    Visiter le site web du posteur
    Publicité






    MessagePosté le: 14/04/2009 19:30:44    Sujet du message: Publicité

    PublicitéSupprimer les publicités ?
    Revenir en haut
    Petit Gaulois
    Administrateur

    Hors ligne

    Inscrit le: 16 Jan 2007
    Messages: 6 358

    MessagePosté le: 14/04/2009 20:06:29    Sujet du message: Voltigeur auxiliaire Répondre en citant

    Hum...
    Revenir en haut
    Contenu Sponsorisé






    MessagePosté le: 20/01/2017 07:44:24    Sujet du message: Voltigeur auxiliaire

    Revenir en haut
    Montrer les messages depuis:   
    Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Le Forum Courtois Index du Forum -> Discussions générales -> Actualité, société Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
    Page 1 sur 1

     
    Sauter vers: