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    Daniel Hamiche

     
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    Terminator
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    Inscrit le: 18 Fév 2007
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    MessagePosté le: 02/02/2009 16:12:14    Sujet du message: Daniel Hamiche Répondre en citant

    Un entretien avec l'équipe de Génération FA8


    http://www.generationfa8.com/texte.php?nom_page=entretien&id=296

    génération FA8 a écrit:

    Entretien avec Daniel Hamiche

     


    Nous recevons cette semaine Daniel Hamiche, écrivain et journaliste indépendant. Il se définit comme royaliste légitimiste et catholique de tradition. Il collabore à plusieurs publications (Monde et Vie, Le Choc du mois, L’Indépendance, L’Homme Nouveau…). Il est également patron d’émission sur Radio Courtoisie et anime un blogue consacré au catholicisme aux États-Unis (http://americatho.over-blog.com). 
    Nous le remercions d’avoir bien voulu répondre à nos questions. 


    GENERATION FA8 : Le 7 juillet 2007 le Pape Benoît XVI promulguait le Motu proprio Summorum Pontificum. Comment ce texte du Saint-Père doit-il être perçu et reçu ? Comme une clémence ? Comme une faiblesse du Vatican ? Comme une victoire du milieu traditionaliste ? 
    Ni clémence ni faiblesse de la part de Benoît XVI, et encore moins “victoire” des “traditionalistes”. C’est un acte de justice en ce qu’il reconnaît que la forme dite désormais « extraordinaire » de la Messe n’a jamais été juridiquement abrogée – thèse qu’ont toujours soutenue les “traditionalistes”. Et c’est un formidable don que le Souverain Pontife dans sa sollicitude offre à l’Église universelle. Il convient donc de le recevoir avec une infinie reconnaissance et dans l’esprit avec lequel il a été promulgué. 
    GENERATION FA8 : Ce Motu proprio vous semble-t-il suffisant pour calmer les querelles, pour ne pas dire les guerres déclenchées par le Concile Vatican II ? 
    Les « querelles » que vous évoquez sont nombreuses et remontent à bien avant le Concile de Vatican II qui n’a, lui-même, déclenché aucune guerre. C’est l’interprétation que certains en ont fait au nom d’un imaginaire « esprit du Concile » – déjà dénoncé par le cardinal Ratzinger – et cette absurde dogmatisation d’un Concile qui ne se voulait que « pastoral », qui sont à l’origine des problèmes. Chacun peut comprendre que si le dogme est fixe – le dépôt de la Foi reçue du Christ par les apôtres – la pastorale peut et doit varier selon les lieux et les époques en fonction des problèmes que rencontre la transmission de la Foi. Vatican II s’y est attelé dans un contexte particulier, mais dès lors que le contexte a changé – et en quarante ans, on peut admettre que les conditions changent – certaines préconisations pastorales du Concile sont devenues obsolètes. Il n’y a vraiment rien de renversant à le constater. 
    GENERATION FA8 : Certains disent que ce Motu proprio a été lancé par le Pape pour vider les milieux de la Tradition de leurs fidèles. Partagez-vous cet avis ? 
    C’est un argument polémique qui ne repose sur aucune donnée statistique. Au contraire, on constate dans l’archidiocèse de Paris – qui est le mien et que je connais un peu… – une augmentation d’environ 15 % des “missalisants” de la forme extraordinaire depuis septembre 2007 en raison de la création de nouveaux “créneaux” en paroisses pour cette forme. J’ai toujours pensé que ce qui était premier dans cette question ce n’était paradoxalement pas la “demande” mais “l’offre” : plus “l’offre” de la forme extraordinaire sera généreuse et plus elle attirera de fidèles. 
    GENERATION FA8 : Ne faudrait-il pas appeler de nos vœux un Vatican III par exemple ? Ce serait l’occasion d’enterrer les vieilles querelles, de refonder l’unité de l’Eglise sur des bases saines et de préparer l’évangélisation de demain. Qu’en pensez-vous ? 
    Un Concile Vatican III ? Attendons déjà que le Concile Vatican II soit reçu et interprété comme il convient ! Quarante ans après sa clôture, on en est loin… Rome dispose de beaucoup d’autres moyens pour assurer l’unité de la Foi et le dynamisme de la Mission qu’un concile œcuménique. 
    GENERATION FA8 : Malgré les difficultés, comment voyez-vous l’évolution des relations entre traditionalistes et  conciliaires ? Pensez-vous qu’il sera possible de cohabiter en toute sérénité dans les paroisses ? Faudra-t-il de nouvelles concessions de part et d’autre ? 
    Ce n’est pas, en effet, une mince difficulté que de faire vivre ensemble – je n’aime pas trop l’idée de “cohabitation”… – deux cultures ecclésiales qui, il faut bien l’admettre, manifestent des différences. Sont-elles irréductibles ou peuvent-elles mutuellement s’enrichir ? Benoît XVI parie sur l’enrichissement mutuel – notamment en matière liturgique – mais au terme d’un processus qui s’annonce évidemment long : mais ce n’est pas parce que la route est longue qu’il ne faut pas l’entreprendre. Je crois que c’est là le chemin que chacun doit emprunter sous la conduite du Pasteur commun. Chaque pèlerin sait que plus le sac à dos est léger, plus la marche est aisée, et qu’il faut donc se délester de tas de choses qui l’alourdissent et ne sont peut-être pas si nécessaires que ça. C’est une image pour dire que les concessions sont aussi nécessaires dans la vie en Église que dans la vie de couple ! Étant saufs, évidemment, la doctrine catholique et l’esprit authentique de la liturgie… 
    GENERATION FA8 : Que pensez-vous des théories assez diverses regroupées sous l’appellation sédévacantisme ? 
    Le raisonnement des sédévacantistes est séduisant et présente même, parfois, une apparente logique, mais les prémisses sont fausses. C’est une mauvaise réponse à une vraie question : celle de la crise de l’Église que nous traversons. J’observe aussi que chez certains adeptes de cette théorie, la frontière est bien mince entre sédévacantisme – au sens propre – et “ecclésiovacantisme”… 
    GENERATION FA8 : Après le Motu proprio, qui a été la réponse aux demandes des catholiques traditionalistes de pouvoir assister sans aucune contrainte à la messe dite de Saint Pie V, les évêques français n’ont pas montré un empressement particulier à mettre en place la demande du Pape et surtout des fidèles. Nous y voyons une mauvaise volonté voire plus de ces évêques. Qu’attend donc le Pape pour agir contre toutes ces personnes récalcitrantes qui occupent des places importantes dans la hiérarchie de l’Église de France ? 
    Là encore, il convient de tempérer un jugement trop sévère et parfois téméraire. Depuis le 7 juillet 2007, date de promulgation de Summorum Pontificum, le nombre de messes dominicales célébrées en paroisses selon le Missel de 1962, a augmenté de plus de 50 %, ce qui veut quand même dire que tous les évêques ne sont pas “récalcitrants”. Bien évidemment, il y a des “freinages” – ils sont nombreux –, des “craintes” – elles ne sont pas toujours justifiées – de la part d’évêques chez qui une forme particulière de gallicanisme est évidente. L’impatience de fidèles et la trop grande “prudence” de certains évêques peuvent en effet et cumulativement “auto-bloquer” le mouvement amorcé. Il faudrait un peu plus de patience chez les uns et un peu plus de “prophétisme” chez les autres pour dépasser des situations d’affrontements stériles. Cela ne s’obtient pas par un claquement de doigt. Il faut du temps et, par-dessus tout, de la charité. Quant au Pape, qui préside à la communion et qui est le chef du collège des évêques, on comprendra qu’il doit agir “avec” eux et non pas “contre” eux. Ce n’est pas toujours facile à comprendre, mais c’est catholique. 
    GENERATION FA8 : Aux États-Unis, comme en Espagne, les évêques s’engagent fermement dans le combat pro-vie, conduisant les marches pour la vie et n’hésitant pas à refuser la communion aux politiciens en faveur de l’avortement. Les catholiques dans ces deux pays cités ont une forte influence lors des élections. Il en est tout autrement en France où aucun évêque ne soutient les manifestations pro-vie, et il y a bien pire, car certains défendent les clandestins voire encouragent l’immigration. D’autres préfèrent s’afficher dans les tenues blanches de la franc-maçonnerie qu’avec les catholiques répondant aux demandes du Saint-Père. Nous remarquons la même retenue de leur part quant au combat contre l’euthanasie. Pouvez-vous nos donner votre sentiment de catholique ? 
    Pour ce qui est de l’Église catholique aux États-Unis, que je connais un peu, il est tout à fait vrai qu’une grande partie du corps épiscopal est très engagée dans le combat pro-vie. Il n’est pas rare de voir des évêques aller prier le chapelet avec leurs fidèles devant des avortoirs, de célébrer des cérémonies publiques pour des enfants volontairement avortés, de participer à des « marches pour la vie » : il y en avait plus de cinquante à celle de Washington le 20 janvier dernier ! En France, nous n’en sommes, hélas !, pas là ! Il faut donc admettre que l’épiscopat français pris dans son ensemble – il y a quelques exceptions comme la vingtaine d’évêques ayant soutenu, sans y participer, la « Marche pour la Vie » de Paris le dimanche 25 janvier – n’est pas très “prophétique” quant au combat pour la vie. Mais les fidèles des paroisses le sont-ils davantage ? Aux États-Unis, tous les diocèses ont un département consacré à la défense de la vie et la plupart des paroisses un groupe ou un ministère pro-vie. Ce n’est pas le cas en France. S’il est vrai aussi que des évêques américains ont une position que j’estime conforme au Droit canon en refusant la Communion sacramentelle aux politiciens catholiques pro-avortement, ils sont encore très peu nombreux. Toutefois je ne connais aucun cas semblable en France. Cela montre qu’il y a encore un énorme travail à faire en France sur la question de la défense de la dignité de la personne humaine de la conception à la mort naturelle, et que nos évêques, sur ce thème, doivent se rendre un peu plus audibles. Il est aussi évident que l’épiscopat américain est plus présent dans le débat politique que ne semble l’être l’épiscopat français. Il a, certes, une influence dans le débat politique, mais moindre qu’on ne le croit habituellement à en juger par les résultats des élections de novembre aux États-Unis, la présidentielle notamment qui a révélé que l’électorat catholique avait voté pour Obama en plus grand pourcentage que la moyenne nationale des électeurs (54 contre 52 %). Mais cet électorat catholique est composé presque aux trois-quarts de gens qui ne pratiquent pas, et sur lesquels le discours épiscopal ne “mord“ pas. Enfin, dans l’ensemble, la position des évêques américains lors des dernières élections fut courageuse et très louable sur tous les problèmes de défense de la vie. Leur affrontement avec la nouvelle administration sur ces problèmes est inévitable et il a même déjà commencé. Il faut avoir aussi peu de discernement – utilisons ce terme poli – que le secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France pour estimer que Barack Hussein Obama « mérite notre soutien ». C’est curieux chez certains prélats ce besoin de faire des phrases… 
    GENERATION FA8 : Aujourd’hui dans de nombreux pays, les chrétiens en général et les catholiques plus particulièrement sont martyrisés pour leur foi. En Inde, au Soudan, dans les pays musulmans, les morts se comptent par centaines. Lorsque l’on voit les catholiques français guerroyer pour la forme de la messe, on est en droit de se poser des questions. N’assistons-nous pas là à des querelles de privilégiés ? Comment faudrait-il agir selon vous, entre des catholiques qui se déchirent et d’autres qui sont tués par des ennemis de notre foi ? 
    Appelez-moi quand vous serez prêts pour la croisade ! Il ne faut pas tout mélanger. D’abord, quand le feu est à sa maison, courir éteindre celui qui s’est déclaré chez le voisin ne me semble pas moralement très défendable. En France aussi des catholiques ont été martyrisés en haine de la foi – et ne le sommes-nous pas toujours, encore que d’une manière non sanglante ? –, et c’est par la Messe, par la liturgie que la foi s’est maintenue : souvenez-vous des « messes des bois » en Vendée. La bataille pour la liturgie – formes ordinaire et extraordinaire confondues – n’est pas une chose accessoire ou secondaire, un plaisir d’esthète ou de privilégié, car la manière dont on prie exprime ou non le dogme catholique. Les persécutions anti-chrétiennes que vous signalez sont bien réelles et atroces, mais, sauf à se bercer de mots ou d’illusions, nous sommes, humainement parlant, impuissants à y mettre un terme. On doit, bien sûr, prier à toutes ces intentions, faire des sacrifices et des dons par le truchement de louables associations (L’Œuvre d’Orient, Aide à l’Église en détresse, etc.) pour soulager, autant que faire se peut, nos frères persécutés. Mais chacun comprendra que l’effort principal c’est ici, chez nous, en France que nous devons l’accomplir, Dieu nous ayant fait, avec le don de la foi, la grâce d’y naître. 
    GENERATION FA8 : Nous voyons aujourd’hui fleurir des mosquées dans toutes les villes de France, avec la bénédiction d’une grande majorité de la hiérarchie catholique. N’est-ce pas le meilleur moyen de préparer les martyrs de demain ? Par rapport à l’islam et en particulier la prolifération des mosquées, quelle est votre position ? 
    Ce que je viens de dire répond en partie à cette dernière question. L’islam n’est fort que de nos faiblesses. Si des mosquées « fleurissent », c’est parce que des églises se vident. Si elles se vident, ce n’est pas parce qu’on en a chassé les catholiques, c’est parce que la foi catholique a été chassée du cœur des baptisés. S’il y a tant de musulmans en France, c’est dû sans doute au type d’immigration que les pouvoirs publics encouragent, mais c’est aussi parce que les catholiques ne sont plus « témoins de l’espérance qui est en eux ». 
    « Communauté, identité, mission », c’est le triptyque qu’a posé Mgr Rey, l’évêque de Fréjus-Toulon, voici peu. Je le trouve très valable dans une perspective de “reconquête”. Reconstituer des communautés chrétiennes vivantes et solidaires, retrouver et restaurer une identité et une culture catholiques authentiques pour la mission : qu’elle soit d’évangélisation ou de ré-évangélisation. Une mission qui s’adresse donc aussi à ceux qui ne partagent pas la foi chrétienne, qui témoigne de l’Évangile du salut et la propose au lieu de la cacher sous le boisseau. En un mot : qui soit prosélyte. Je n’ai ni peur ni honte de ce terme, car il en va du prosélytisme comme du cholestérol : il y a le bon et le mauvais ! Être musulman n’est pas une fatalité. Le Christ est aussi mort pour eux, non pas pour qu’ils demeurent musulmans, mais pour qu’ils reçoivent, eux aussi, la vie et la vie en abondance. Tout restaurer dans le Christ ! C’était la devise du saint pape Pie X. C’est ce que Benoît XVI met en pratique. Et ce devrait être notre programme. Je m’efforce d’en faire le mien. 
    Propos recueillis en janvier 2009 


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    MessagePosté le: 02/02/2009 16:12:14    Sujet du message: Publicité

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    Roland
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    Inscrit le: 17 Nov 2007
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    MessagePosté le: 17/12/2009 22:00:50    Sujet du message: Daniel Hamiche Répondre en citant

    Ce soir 17 décembre 2009 dans la seconde partie de son libre Journal Daniel Hamiche nous a présenté un livre qui mérité d'être lu.

    Réécoutez l'émission
    http://www.megaupload.com/?d=PCRQBCJ3

    Le Mythe de la violence religieuse
    Auteur : William Cavanaugh

    Nombre de pages : 384

    Édité par l'Homme Nouveau (librairie de la Procure, Duquesne )



    C’est une idée dominante : la religion promeut la violence car elle est absolutiste, source de divisions et irrationnelle. Mais peut-on séparer la violence « religieuse » de la violence
    « séculière » ?
    C’est la question que pose William Cavanaugh dans cet essai magistral publié simultanément aux Presses de l'Université d'Oxford et en France.

    Au cœur du problème, l'invention d'un concept universel de « religion » accompagnant l'émergence de l'Etat moderne, la marginalisation de l'Église puis la colonisation. L'examen historique des « Guerres de religion » révèle qu'il est impossible d'isoler le facteur religieux de la résistance des élites locales face aux menées centralisatrices des souverains.

    L'État-nation s’est approprié le sacré, devenant lui-même l'objet d'une nouvelle « religion » exigeant une loyauté exclusive conduisant à la guerre.
    En Occident, le mythe de la violence religieuse est une arme pour limiter le rôle public des chrétiens. En politique étrangère, il légitime la « guerre libérale de libération» contre les sociétés non-séculières.
    William Cavanaugh déconstruit brillamment un mythe fondateur de la modernité et ouvre de nouvelles voies à la réflexion sur l'origine de la violence.

    William Cavanaugh, 47 ans, enseigne la théologie à l’Université Saint-Thomas, à Saint-Paul (Minnesota), aux États-Unis. Catholique, marié, père de trois enfants, il est notamment l'auteur d'Etre consommé, une critique remarquée du consumérisme.
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    MessagePosté le: 08/02/2010 15:19:25    Sujet du message: Daniel Hamiche Répondre en citant

    en rapport avec cet ouvrage, voici un article de Valeurs Actuelles : http://www.valeursactuelles.com/parlons-vrai/parlons-vrai/un-mythe-falsific…
    Chantal Delsol, Valeurs Actuelles a écrit:

    Les religions sont-elles violentes par essence?
    Un mythe falsificateur
    Chantal Delsol le jeudi, 28/01/2010
    dans 

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    Envoyer à un ami
    Par Chantal Delsol
    , de l’Institut

    William Cavanaugh
    , talentueux écrivain américain, auteur jusqu’à présent d’un ouvrage sur la société de consommation, fera parler de lui. Ici, il s’attache à démanteler un préjugé. S’agit-il de prétendre que la violence religieuse n’a pas existé? Non, bien entendu. Il s’agit de contredire avec force arguments un mythe tenace, c’est-à-dire un récit indéfiniment répété et plein de sens mais servant ici une idéologie et méprisant les faits: l’affirmation selon laquelle l’époque des “guerres de religion” a été bienheureusement close par l’ascension de l’État moderne, capable d’éteindre ces guerres, de diffuser l’esprit de tolérance et de clore un âge sombre de notre histoire.

    L’ouvrage est passionnant. Il tient à la fois de l’analyse historique, sociologique et politique.
    L’auteur décrit minutieusement un certain nombre de thèses qui établissent le mythe et l’installent dans la continuité, à ce point qu’il devient une certitude culturelle indubitable. Puis il s’attache à montrer combien religion et société étaient liées jusqu’à la modernité, au point que parler de “guerres religieuses” est pratiquement un anachronisme, puisque, à cette époque, le concept même de “religion” n’existait pas. Il décompose les divers éléments du discours sur les “guerres de religion” des XVIe et XVIIe siècles et montre par de multiples exemples historiques qu’il est excessif de prétendre que le motif de ces guerres était religieux. Il compare les arguments des historiens de toutes opinions sur le sujet.

    Enfin, il propose une explication de la vitalité paradoxale de ce mythe falsificateur : il fonctionne comme “mythe du salut”, racontant indéfiniment l’histoire de notre sortie d’un religieux considéré comme barbare ; de ce fait, il permet de légitimer toutes les violences “séculières” puisqu’elles luttent contre les violences religieuses; il justifie le portrait de l’ennemi de l’Occident, le musulman fondamentaliste, celui qui n’est pas sorti du fanatisme heureusement éradiqué chez nous et qui mérite par conséquent d’être littéralement retranché de la terre. C’est donc que le refus de la violence n’est pas le vrai motif, puisqu’une certaine violence est justifiée sans équivoque: le vrai motif est la haine de la religion.

    Il est intéressant de voir resurgir la mémoire de ces “guerres de religion”, où partout en Europe les fidèles d’une même confession s’entre-tuent, où les adeptes de deux croyances différentes s’allient contre le tenant de l’une d’entre elles… Comme le dit William Cavanaugh, si, entendant parler de la guerre de 1914-1918 comme d’une guerre nationale, je m’apercevais que nombre de régions anglaises se sont alliées avec nombre de provinces allemandes, et que partout les combats furent aussi infranationaux, je chercherais un autre qualificatif que celui de “guerre nationale”et je m’efforcerais de découvrir des motifs plus réels à ces luttes interminables…

    La certitude finale de l’auteur est celle-ci : les “guerres religieuses”, sur lesquelles s’instaure l’histoire de notre “salut”, n’ont pas été réellement le fait des religions luttant entre elles, mais ont marqué plutôt le moment de l’établissement de l’État moderne, qui, pour acquérir sa puissance, a dû batailler partout en utilisant toutes les croyances et tous les intérêts mêlés. L’État libéral moderne n’a pas été, comme on croit, celui qui vient mettre un terme aux violences religieuses; il a, au contraire, pour se construire, utilisé les passions religieuses comme il a utilisé les passions sociales, économiques et autres. Il a avivé ces passions et, loin de les éteindre, il les a subrepticement déplacées. Tout aussitôt, le sacré est passé dans la sphère séculière et le fanatisme s’est relevé plus tard au nom de la nation, puis au nom des idéologies.
    L’auteur n’en tire aucunement une défense du fanatisme religieux ni une justification des guerres religieuses quelles qu’elles soient. Bien au contraire. Il est persuadé que, si les esprits religieux ne quêtent pas la paix, alors qui le fera? Il réclame seulement que nous ayons l’honnêteté de regarder notre histoire les yeux ouverts, et que nous cessions de vivre sur des mythes satisfaisants et faux. Non pas seulement pour rendre justice au passé. Mais pour nous donner les moyens de nommer à l’avenir les véritables dangers – à commencer par nousmêmes, hantés par nos fables dangereuses.

    Le Mythe de la violence religieuse, de William Cavanaugh, Éditions de l’homme nouveau, 384 pages, 29€.
    Photo © Patrick Iafrate


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    MessagePosté le: 29/05/2017 01:58:18    Sujet du message: Daniel Hamiche

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